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332 ÉTUDES SUR QUELQTES ANNÉES Revenons à l'armée. Quand les troupes eurent traversé la Doire, on alla coucher à Rivoli. Le lendemain, le car- dinal fit marcher l'avant-garde et l'artillerie dans la direction de Turin. Ce n'était là qu'une ruse de guerre pour donner le change à l'ennemi sur ses intentions, car, en même temps, le reste de l'armée, par une marche hardie, défilait sur Pignerol, qui se trouva ainsi investie sans que les Savoyards pussent y faire entrer aucun secours. Décidé à s'emparer de Pignerol, Richelieu, afin d'en détourner l'attention du conseil de Savoie, eut recours à cette ruse singulière : il envoya d'abord l'avant-garde de ses troupes, sous les ordres de Créquy, du côté de Chivas, ville assez forte, située sur le Pô, à 22 kilomètres au-delà de Turin, comme s'il voulait entourer cette dernière ville et en faire le siège. Puis il fit agiter dans son conseil la réso- lution de s'emparer du duc de Savoie et du prince de Piémont, retirés près de Cazalette, du côté de Rivoli, pen- dant que l'on continuait à négocier avec eux, car le duc de Savoie était le plus grand négociateur du monde. Cette idée d'arrestation fut-elle prise au sérieux par Montmorency, ou bien n'agit-il que pour faire le jeu du cardinal ? Toujours est-il que le maréchal prévint dans le plus grand secret le prince de Piémont du danger qu'il courait, disant ne vouloir pas ternir son propre honneur en se prêtant à une trahison indigne envers un prince avec lequel il était en pourparlers. A cette nouvelle, le prince de Piémont se hâtant de faire monter toute sa maison et ses troupes à cheval, passa vers minuit à Rivoli, se rendant à Turin. C'est ce que désirait Richelieu ; il avoue, en effet, dans ses mémoires, « qu'on avait persuadé au duc de Savoie, par divers artifices, qu'on voulait attaquer Turin ou Veillane. » Pendant que les Pié- montais se réfugiaient dans Turin, le gros de l'armée fran-