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78                  LE LIVRE DE RAISON

   Sur ce point, ce serait une erreur de croire que tout a
subi l'effet de la dépréciation des valeurs monétaires et que,
par conséquent, tout a augmenté dans les dépenses de la
famille. Il est telle dépense, au contraire, qui est d'un prix
bien moins élevé aujourd'hui qu'au siècle dernier.
   Pour étudier ce point avec fruit, il convient d'examiner
séparément : i° le chiffre des salaires, c'est-à-dire de la
rémunération des services; 2° le prix des choses usuelles,
et 3 0 la valeur des choses, dont la production a été simpli-
fiée et multipliée par les progrès de l'industrie.
   Or, c'est en ce qui concerne la première catégorie de ces
dépenses que les charges de la famille se sont accrues dans
la proportion la plus considérable.
   Ainsi de 1764 à 1779, le gage d'une servante est seule-
ment de 28 à 36 livres, c'est-à-dire qu'il était dix fois
moins élevé qu'aujourd'hui.
   En 1765, la journée d'un jardinier est payée 30 sous et
même parfois 24 sous. Ce salaire de 24 sous est aussi celui
d'un vigneron, auquel on donne seulement 18 sous par
jour pour faire des provins. Une lingère, chargée du rac-
commodage du linge, reçoit 6 sous par jour, si elle est
nourrie par ceux qui l'emploient. Tel est aussi le salaire
payé, pour chaque siège, à un empailleur de chaises.
La façon d'une chemise est payée 9 sour. Une nour-
rice reçoit une rétribution de 5 livres par mois. Enfin
en 1765, Antoine-Esprit Bienvenu paie à son tailleur la
somme de 6 livres 12 sous, pour la façon d'un habit de
drap noir complet, dont l'étoffe lui a coûté 81 livres, y
compris les doublures et les fournitures, prix d'achat, qui
serait certainement bien inférieur aujourd'hui.
   Dans un ordre plus élevé, voici le maître de danse des
deux filles de messire Bienvenu, auquel on donne 4 livres