page suivante »
D'UNE FAMILLE BOURGEOISE 77 il a pour conseil un avocat, domicilié à Tain. Mais ses lumières ne lui suffisent pas; il lui faut encore l'avis d'un avocat de Grenoble, et c'est ainsi qu'il écrit, sous la date du ï6 septembre 1764 : Remboursé à M. Belin, l'avocat à Tain, six livres pour une con- sulte qu'il a fait venir de Grenoble, pour l'affaire que j'ay contre Gui- bourdenche de Donzère, cy : 6 livres. Le procès terminé, il s'agit d'acquitter les honoraires de son avocat. Mais ce dernier, — un ami sans doute, — refuse toute rémunération. Pourtant, messire Bienvenu entend se montrer reconnaissant. Cela peut arriver encore de nos jours. Mais aujourd'hui, en pareil cas, on offrirait à son avocat quelque objet de luxe, souvent d'un goût dou- teux, et parfois embarrassant et inutile. Nos pères, plus pratiques, visaient aux choses d'une utilité réelle, et voici sous quelle forme, messire Bienvenu témoigne sa recon- naissance : i er octobre 1764. Achepté un habit de drap d'Elbeuf avec une veste de satin, dont j'ay fait présent à mon avocat qui n'a pas voulu d'argent du travail qu'il a fait pour régler mes affaires à Donzère, le tout s'est monté 375 livres. Une dépense, relativement onéreuse à cette époque, était celle de la coiffure, à cause de l'usage de la poudre. Messire Bienvenu paie ainsi, chaque année, à son perru- quier, la somme de 24 livres « pour accommodage ». Et encore fournit-il lui-même la poudre. Indépendamment de ces traits de mœurs, qui ont leur intérêt, le livre de raison d'Antoine-Esprit Bienvenu nous fournit des renseignements précieux sur la valeur compara- tive des choses.