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HISTOIRE DE LA MONARCHIE DE JUILLET 65
lendemain matin. Mais les organisateurs du banquet ayant
contremandé la manifestation et les journaux de l'opposi-
tion conseillant de s'abstenir, le gouvernement pensa qu'il
était inutile d'exécuter les mesures résolues; il craignit
même qu'un grand déploiement de troupes n'accrût l'agita-
tion au lieu de la calmer. En conséquence, ordre fut donné
à l'armée, pendant la nuit, de ne pas bouger.
Le 22 février, M. Barrot et ses partisans étaient d'avis
que le gouvernement, en forçant l'opposition à se retirer,
« lui avait épargné un complet fiasco. » Le roi, de son côté,
félicitait chaudement ses conseillers : « L'affaire tourne Ã
merveille, leur dit-il... Quand je pense que beaucoup de
nos amis voulaient qu'on cédât (13) ! »
Cependant des attroupements s'étaient formés sur la
place de la Concorde. Une bande d'étudiants et d'ouvriers
envahit même, le matin, la Chambre des Députés ; elle n'y
trouva personne, et se retira avant l'arrivée des dragons
qu'on était allé chercher à la caserne du quai d'Orsay. A
leur arrivée au Palais Bourbon, les députés de l'opposition,
pour n'avoir pas l'air de reculer complètement, propo-
sèrent de mettre en accusation le ministère. Us eurent peu
de succès. D'après M. Dufaure, qui se plaçait au point de
vue du droit, « c'était dans le cas où le cabinet aurait
laissé faire le banquet qu'il aurait mérité d'être mis en
accusation. » D'après M. Thiers, qui ne considérait que
l'utilité, « on se méprenait tout a fait sur l'état des esprits ;
tout était fini, complètement fini, et l'opposition n'avait
plus qu'à subir sa défaite. » Quoi qu'il en soit, l'examen de
la proposition fut fixé au surlendemain (14).
(13) P. 422.
(14) P . 426, 427.
N° 1. — Juillet 1892. 5