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— 464 — humaine. Sottise, oui, car je vous le demande : n'appelez-vous pas le médecin à la moindre alerte ? Ne harcelez-vous pas le météorologiste, trop souvent, de questions mal posées dès que votre intérêt est en jeu ? J'en sais quelque chose, et cela ne vous empêche pas, au premier ami de rencontre, de déclarer pour la millième fois d'un petit ton satisfait : il m'a dit qu'il ferait beau, mon expérience prouve qu'il sera sage, en conséquence, de prendre un parapluie. Toutes deux sont des arts d'attente — provisoirement de consta- tation. Mais, ici, une défaveur spéciale s'attache à la Météorologie. Pour savoir ce que deviendront la « dépression », la température de son malade, le médecin décide qu'il faut le suivre de près et qu'il reviendra demain : vous admirez son jugement, sa prudence et sa vigilance — parce que vous avez peur. Pour la dépression et la température de l'atmosphère du len- demain, si le météorologiste dans l'embarras vous demande un délai de 24 heures, vous proclamez que c'est un sot pédant — parce que vous vous sentez en sûreté et ne craignez rien. Tous deux, pourtant, agiront ainsi avec sagesse et suivant une juste discipline. Les apparences sont contre moi : je le sais, mais n'en ai cure. J'ai conscience, bien au contraire, de m'être efforcé de traiter très sérieuse- ment un problème aussi difficile que confus, de donner un résumé aussi clair que possible de l'état de nos toutes petites, infiniment petites con- naissances ; je plains le lecteur à qui aucun passage de cet exposé ne don- nerait à réfléchir ou bien je suis resté très en dessous de la tâche, du pro- gramme que je m'étais assigné. Certes, l'on se demandera volontiers ce que veut cet astronome qui, le nez en l'air et sans se soucier des précipices où ses pas peuvent le porter, entend apprécier, juger, peut-être critiquer. Un peu de perspicacité, ô lecteur patient, aura tôt fait de vous l'indiquer. Je suis intimement con- vaincu que l'abus des mots a entraîné un grand développement dans l'art de parler de ce que l'on ignore, mais que ce déguisement de l'igno- rance fut néfaste au progrès scientifique. Par exemple, je demanderai respectueusement au botaniste, au physicien, au chimiste, au médecin, quelques renseignements très simples sur des expériences millénaires : pourquoi tel bois claque-t-il effroyablement au feu et pas tel autre ? pour-