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— 275 — La Légende. La prévision du temps. Car, après tout, je ne veux pas donner au lecteur patient l'impression que je me dérobe devant l'obstacle et, si j'ai exposé dans quel état inférieur se présentait volontairement l'humanité, si j'ai choisi un exemple de clima- tologie agricole pour montrer l'importance des intérêts en jeu, j'entends répondre nettement à cette question : quel temps fera-t-il demain ? C'est- à -dire montrer comment nous sommes outillés pour répondre à cette ques- tion. Pour ce faire, on ne m'accusera pas de manquer de méthode en exa- minant le problème dans le passé, le présent et — le météorologiste n'est-il pas faiseur d'almanachs ? — l'avenir. Dans l'antiquité la plus reculée, les services météorologiques étaient concentrés dans l'Olympe : vents et tempêtes, tonnerre et foudre, arcs-en- ciel, dépendaient de plusieurs bureaux distincts; mais Zeus, personnification du ciel, centralisait tous les pouvoirs de façon fort peu démocratique. Et c'est l'arrogance autoritaire de Zeus qui vint compliquer cette administra- tion, au point que l'un de ses frères, Poséidon (Neptune), s'insurgea nette- ment contre cette centralisation : l'histoire rapporte assez que ce Poséidon, vivant en de somptueux palais, était d'humeur difficile ; et lorsqu'il était travaillé par la bile, les nerfs plus forts que le sang ( ?), il enfourchait avec rage quelque fougueux coursier de ses écuries, taureau, cheval ou dauphin dont il travaillait les flancs de son trident pour déchaîner les tempêtes en son domaine — celui des eaux. Le désordre naquit ainsi de l'existence simultanée de plusieurs dépar- tements ministériels, si je l'ose dire, suscitant de nombreux conflits : car on conviendra aisément que, lorsque ce brutal Poséidon déchaînait sur les flots les plus furieux ouragans, il était impossible à Jupiter, sous peine de ridicule, de maintenir une atmosphère limpide et calme sur le rivage où, théoriquement, il devait ordonner sans contrôle. Ce sont donc incontestablement les vents qui sont venus compliquer la Météorologie, Science des courants d'air1. i. Cette définition fort ingénieuse n'est pas de moi : on la doit à un littéraire distingué, mais je crois préférable, pour l'instant, de lui garder l'anonymat, afin de ne pas compliquer encore par un incident sa carrière politique.