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sont trop petits pour lui : il crée chaque jour des sciences nouvelles, des
enseignements nouveaux, et rêve d'une vaste Pédagogie x seule capable de
façonner les rares descendants d'une essence aussi géniale que la sienne. On
s'extasie devant les progrès de la psychologie, qui a permis de renouveler la
pédagogie et d'en obtenir des résultats surprenants — disent avec modestie
les auteurs des réformes. Et un écrivain d'esprit% dont le sens critique est
généralement mieux aiguisé, se croit bien inspiré en admirant les méthodes
nouvelles qu'ont étudiées les philosophes pour l'enseignement des mathé-
matiques. Ils en sont bien satisfaits — c'est logique : pour ma part, je suis
un peu plus préoccupé de voir que, malheureusement, les mathématiciens
qui ont à interroger les enfants sont moins enthousiastes, beaucoup moins,
sur les progrès de l'instruction. Car, après tout, où doit tendre l'enseigne-
ment des mathématiques ? à savoir et à comprendre les mathématiques, ou
bien à éprouver des procédés pédagogiques ultra-modernes ? Je n'ai pas Ã
trancher : je mefieau bon sens du lecteur.
En fait, ce piétinement, ce mépris du passé ne prouvent qu'une mécon-
naissance profonde de ses méthodes, une incompréhension totale de ses
résultats : mais on jouit de discourir à perte de vue. Des mots, des mots —
- encore des mots ; mais la raison s'égare, le sens critique s'efface devant
l'intérêt, l'expérience cède le pas à l'art de discourir et, au lieu de consolider
les bases, notre petit vermisseau vous expliquera rien moins que la structure
de la matière et l'infini si simple des cieux, les lois de la conscience et de
l'évolution, la dynamique du monde aussi bien que celle de la pensée. Pas
plus.
Orgueil et vanité, je l'ai dit : sottise3.
i. Un our que je passais par Lyon, on m'affirma qu'un professeur qui enseignerait toute sa vie la
Science de l'Education aurait autant de peine qu'un autre à élever ses enfants, qui ne seraient ni mieux ni
plus mal élevés que ceux du locataire d'en face : mais le Lyonnais, si accueillant, est particulariste et souvent
peu bienveillant. J'estime donc qu'il ne faut pas faire état de ce propos qui n'est qu'une simple galéjade.
2. Docteur Locard, « la Vie Universitaire », Lyon Républicain, 24 décembre 1923.
3. Malgré tous les efforts que l'on peut faire pour rester bienveillant, on demeure confondu quand on
songe que l'homme s'applique à mépriser tout esprit scientifique, tout sens critique qui le gêne. C'est un sot,
mais il veut l'être et recherche cette qualité non sans prétention ; et il se définit ainsi, lui-même, officiellement,
au milieu du XIXe siècle :
« HOMME, s. m. Animal raisonnable, être formé d'un corps et d'une âme ». (Dictionnaire de l'Académie
Française, 6e édit., in-4 0 ,1.1, p. 895).
C'est, en y réfléchissant, d'une suffisance monumentale, et le moindre inconvénient d'une telle définition