page suivante »
— 460 — connaissances suffisantes—je ne dis même pas sans scrupules — qui, en cas d'échecs désastreux, feraient remonter à la théorie les fautes d'une application défectueuse. Puis, la chose est nouvelle : elle peut surprendre les uns, contrecarrer des habitudes, heurter des préjugés, contrarier des projets antérieurs ; il faut s'accoutumer aux idées. Mais le principe est ferme et solide, et je ne conserve pas le moindre doute : l'application viendra. Puis vient le problème capital de la prévision du temps : ici encore, nous sommes en retard quand on voit l'extension de tels services aux Etats-Unis, leur liaison étroite avec tous les intérêts économiques, assu- rances maritimes, transports de denrées périssables, travaux agricoles. Chez nous, on a commencé, nous l'avons dit, par les avertissements aux ports, où l'on hissait des cônes aux sémaphores : certes, des tempêtes non annoncées se sont produites ; d'autres, qui étaient annoncées, ne sont pas arrivées et ceci, à tout bien considérer, n'est pas grave car il vaut tou- jours mieux un excès de précautions. Qu'en a-t-on conclu ? Le baro- mètre est insuffisant : oui, mais il peut être complété par l'étude de la dis- tribution des vents. La prévision ne dispense pas d'observer certains si- gnes précurseurs, état de la mer, clapotage spécial, e t c . , à condition de trouver des observateurs perspicaces et d'esprit critique ! Enfin, le sys- tème américain des assurances pouvait jouer. Mais non ! telles n'ont pas été les conclusions. Le service n'était pas plutôt organisé que les sarcasmes pleuvaient : tous ces savants, avec leurs grenouilles en des bocaux, n'ont aucun sens pratique ; ils ignorent tout des phénomènes réels ; et des au- teurs autorisés, qui eussent gagné à être plus circonspects *, encourageaient les marins à négliger de tels avis pour se fier à leur flair. On commit ainsi de lourdes maladresses qui entravèrent complètement le progrès. Les applications toutes récentes à la navigation aérienne ont donné à la prévision rapide du temps un essor nouveau, un stimulant précieux et fécond qu'il n'y a pas lieu de développer ici. Enfin, nous avons esquissé le problème si complexe de la prévision du temps à long terme. 1. Emile Sorel fils, « Quelques remarques sur la prévision du temps », la Nature, 18891, p. 103. Cet auteur eût été mieux inspiré, également, en ne croyant pas à des retours de tempêtes à des dates privilégiées.