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connaissances suffisantes—je ne dis même pas sans scrupules — qui, en
cas d'échecs désastreux, feraient remonter à la théorie les fautes d'une
application défectueuse. Puis, la chose est nouvelle : elle peut surprendre
les uns, contrecarrer des habitudes, heurter des préjugés, contrarier des
projets antérieurs ; il faut s'accoutumer aux idées.
      Mais le principe est ferme et solide, et je ne conserve pas le moindre
doute : l'application viendra.
     Puis vient le problème capital de la prévision du temps : ici encore,
nous sommes en retard quand on voit l'extension de tels services aux
Etats-Unis, leur liaison étroite avec tous les intérêts économiques, assu-
rances maritimes, transports de denrées périssables, travaux agricoles.
Chez nous, on a commencé, nous l'avons dit, par les avertissements aux
ports, où l'on hissait des cônes aux sémaphores : certes, des tempêtes
non annoncées se sont produites ; d'autres, qui étaient annoncées, ne sont
pas arrivées et ceci, à tout bien considérer, n'est pas grave car il vaut tou-
jours mieux un excès de précautions. Qu'en a-t-on conclu ? Le baro-
mètre est insuffisant : oui, mais il peut être complété par l'étude de la dis-
tribution des vents. La prévision ne dispense pas d'observer certains si-
gnes précurseurs, état de la mer, clapotage spécial, e t c . , à condition de
trouver des observateurs perspicaces et d'esprit critique ! Enfin, le sys-
tème américain des assurances pouvait jouer. Mais non ! telles n'ont pas
été les conclusions. Le service n'était pas plutôt organisé que les sarcasmes
pleuvaient : tous ces savants, avec leurs grenouilles en des bocaux, n'ont
aucun sens pratique ; ils ignorent tout des phénomènes réels ; et des au-
teurs autorisés, qui eussent gagné à être plus circonspects *, encourageaient
les marins à négliger de tels avis pour se fier à leur flair. On commit ainsi
de lourdes maladresses qui entravèrent complètement le progrès.
     Les applications toutes récentes à la navigation aérienne ont donné
à la prévision rapide du temps un essor nouveau, un stimulant précieux
et fécond qu'il n'y a pas lieu de développer ici.
     Enfin, nous avons esquissé le problème si complexe de la prévision
du temps à long terme.
     1. Emile Sorel fils, « Quelques remarques sur la prévision du temps », la Nature, 18891, p. 103. Cet
auteur eût été mieux inspiré, également, en ne croyant pas à des retours de tempêtes à des dates privilégiées.