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scientifiques de leur établissement. Je le sais, on va sourire, mais je ne crain-
drai pas de dire pourquoi : c'est parce que, en France, l'assurance n'est
pas entrée dans nos mœurs journalières et que ce procédé de solidarité
est dans l'enfance, objet de railleries. La preuve ? La preuve, c'est que,
lorsque le Times du n mars 1911 annonce la création d'assurances contre
la pluie, on sourit en disant que la chose ressortit à un véritable jeu de
hasard l ; la preuve encore, c'est qu'en entendant parler d'une assurance
américaine contre le mauvais temps, la Société astronomique de France
se gausse, bien entendu 2. Toute cette ironie est-elle féconde ? corres-
pond-elle à une compréhension exacte des choses ?
      Mais alors, en vérité, dites-moi donc ce qu'il faut penser de l'inci-
dent suivant : une importante société française de sports engage des dé-
penses et prévoit des recettes ; la pluie compromet ses recettes et ne lui
laisse que ses frais ; aucune compagnie française ne veut l'assurer contre
la pluie, ce que fait immédiatement la compagnie anglaise à laquelle elle
s'adresse. Me direz-vous que la Compagnie anglaise le fait par pur sno-
bisme ? pensez-vous qu'elle livre son argent à un jeu de hasard ? Et n'est-
ce pas là un organisme précieux et capable de rendre des services ?
      Le champ est vaste : toute opération faite en plein air, ou qui peut
dépendre des éléments, devrait avoir ainsi recours à un organisme cli-
matologique, bien et largement conçu, sports, expositions, travaux, etc..
     Ne serait-il pas capital, pour le patrimoine commun, de pouvoir
réaliser des assurances mutuelles contre la grêle ? dont les dégâts annuels
se chiffrent en moyenne par 100, 150... millions. J'ai démontré ailleurs
que la chose était réalisable, pratique : pourquoi l'esprit routinier empê-
che-t-il de se rallier à un tel projet ? Car, hélas ! pour réaliser une œuvre
aussi importante, il ne suffit pas que l'homme de science élabore et cal-
cule dans son cabinet, apporte une solution vraie et rigoureuse : il faut
qu'il ait l'opinion publique avec lui. Or, ici, se soulève une difficulté qu 1
tient au manque d'instruction, et encore plus au défaut de jugement ou
de sens critique : le calculateur ne peut mettre son dossier à la disposition
du public, pour risquer de le voir exploité par des gens inhabiles ou sans
   1. « L'assurance contre la pluie », Ciel et Terre, 1911, p . 203.
   2. Bull, de la Soc, Astr. de Fr., 1923, p . 476.