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     « Quoi ! au moment où une conspiration devait éclater en France, une
troupe armée commettra à Lyon les attentats dont cette conspiration avait
menacé et exécutera ce que la légion de police de Paris avait seulement laissé
craindre, et Lyon sera immobile!.. Certes, ce peuple serait trop méprisable,
trop indigne du titre de républicain, qui verrait égorger ses citoyens par des
troupes sans s'émouvoir!..
     « Chefs suprêmes du gouvernement, vous savez honorer les soldats qui
servent la patrie ; sachez punir ceux qui la font frémir... Ne dédaignez pas
ces observations, ce sont celles d'un homme à qui votre puissance et tout
l'or du trésor public ne pourront jamais procurer d'autre jouissance que
celle de vous voir faire un bon usage de l'un et de l'autre ».
      Toutes ces manifestations d'un sentiment presque unanime auraient
pu impressionner le pouvoir si une intervention touchante et généreuse,
mais contraire aux règles de la discipline militaire, n'était pas venue com-
promettre définitivement la cause de celui qu'elle se proposait de servir.
      Le 17 prairial, dès qu'ils avaient eu connaissance de la destitution du
général Montchoisy, les chefs de bataillon et d'escadron de la garnison de
Lyon, auxquels se joignirent les officiers d'état-major, les officiers subal-
ternes, les sous-officiers et nombre de simples volontaires, rédigeaient une
protestation qu'ils faisaient parvenir au Directoire et que le Journal de
Lyon, organe des contre-révolutionnaires, publiait maladroitement aussitôt
dans un supplément spécial. Ils se réclamaient du droit appartenant « à ceux
qui se battent pour la République de faire entendre leur voix », et, tout en
se défendant d'appartenir à aucun parti, ils déclaraient remplir un devoir en
affirmant leur reconnaissance et leur attachement pour « un officier général
précieux à la République par ses talents militaires, sa prudence, sa fermeté
sage, ses vertus civiques et morales, pour sa conduite jamais incertaine ». Ils
affirmaient qu'on avait fait commettre une injustice au Directoire « en lui
faisant un rapport astucieux » des événements du I er prairial. Ils repre-
naient le récit des faits de cette journée, exposaient sous son vrai jour la
conduite de leur chef et la justifiaient par les raisons les plus péremptoires.
      Cette adresse serait à reproduire tout entière ; mais elle est trop éten-
due. Ceux qui voudront se rendre compte de la loyauté, de la bonne foi et
de l'esprit de véritable équité des militaires qui, sans distinction de grade,