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Ce sont des formes qui furent très utiles en leur temps, qui eurent leur
saveur de nouveauté, qui se sont succédé, l'une détrônant l'autre, mais
qui, aujourd'hui, sont périmées. Elles ne représentent que des demi-cri-
tiques, capables de porter seulement des demi-jugements, parce qu'elles
se bornent à considérer l'œuvre sous tel ou tel aspect et non dans son en-
semble, dans sa substance.

     Quelle est donc la bonne méthode, celle que De Sanctis oppose à
toutes les autres ?
     Nous en aurons une idée claire si nous examinons successivement :
son but, ses procédés, ses caractères.
     Etant donnée une œuvre littéraire, le but de la critique est essentiel-
lement de porter sur cette Å“uvre un jugement qui en fixe la valeur. La
vie étant pour De Sanctis le critérium absolu de la valeur d'une œuvre,
ce jugement pourra toujours, en définitive, se formuler ainsi : L'œuvre
est vivante. L'Å“uvre n'est pas vivante.
     Pour le formuler aussi sûrement que possible, quels procédés em-
ploiera le critique ?
     Il doit, répond De Sanctis :
     i° Se mettre en tête-à-tête avec l'œuvre.
     2° Prendre une claire conscience du monde poétique qu'elle ren-
ferme, en accueillant naïvement les impressions qu'elle lui suggère, en
analysant ces impressions pour les fixer avec exactitude.
     3° Refaire alors l'œuvre poétique.
     4° Fixer sa valeur et sa place.

      Le critique doit tout d'abord se mettre en tête-à-tête avec l'œuvre,
car, nous l'avons vu : « la critique est oubli de l'âme dans la poésie ».
Tout rejeter de ce qui n'est pas l'œuvre, ne pas se préoccuper des forces
productrices de l'œuvre, mais s'absorber dans le spectacle des forces réa-
lisées dans l'œuvre, s'identifier à l'œuvre.

    Ce tête-à-tête permettra au critique de prendre une claire conscience