page suivante »
484 BIBLIOTHÈQUE D'ALEXANDRIE. d'Aleç et fut promu à la haute dignité de primat des Jacobites en Orient. Il écrivit- en langue syriaque une Histoire universelle, dans, laquelle sont relatées la conquête de l'Egypte et la prise d'Alexandrie. Il y avait recueilli toutes les traditions de son temps ayant rapport au siège de cette grande cité; mais on y cherche en vain l'incendie de la bibliothèque et tout ce que l'on y rattache. Plus tard, avancé en âge, il composa, sans pouvoir l'achever, la chronique en question où est racontée la légende de l'incendie, allumé d'après les ordres d'Omar à Amrou, et des livres condamnés au feu qui servirent en guise de combustible, à chauffer pendant plus de six mois, les 4,000 bains publics de la ville d'Alexandrie. Est-ce la plume d'Abulfarage qui écrivit cette relation ? est-ce une plume étrangère ? • On dit que cette légende fut inventée en vue de plaire à l'imagination poétique des Arabes, grands amateurs de contes et de récits merveil- leux. Il serait plus rationnel de croire que, dans sa ferveur religieuse, le savant prélat aurait visé à absoudre les chrétiens de la destruction de la bibliothèque et à en charger les infidèles, représentés ainsi comme des barbares, ennemis des lettres et des arts. C'est donc seulement à pariir du xm e siècle et d'après la traduction de la chronique d'Abulfarage que se répandit en Europe ce récit conlrouvé ; il s'y accrédita d'autant plus facilement que ce siècle, aux naïves mais fortes croyances, était dans tout l'enthousiasme religieux des croisades et que la haine contre le croissant était des plus ar- dentes. Cette tradition mensongère, répéterons-nous, passa donc et passe encore aujourd'hui parmi le plus grand nombre pour une vérité historique, Néanmoins, quelques auteurs modernes ,* français et étrangers, la révoquant en doute, ont examiné la question et entrepris de faire justice de ce préjugé populaire : Gibbon, dans son Histoire de la décadence de l Empire romain ; Juste Lipse, Bonamy, Beck, Reinhart, Sainte-Croix et d'autres encore, par de laborieuses recherches et de profondes méditations; M. Achille François, ancien professeur d'his- toire à la Faculté de Lyon, dans ses'cours publics si intéressants, tous ont apporté l'appui de leur talent à l'elucidation de cet important problème, qui, non encore résolu, laissait peser la responsabilité de l'incendie des bibliothèques d'Alexandrie Sur la mémoire d'Omar et d'Amrou, ces deux fidèles compagnons du prophète. C'est le moment, croyons-nous, de rappeler ici que Mahomet sa- chant tout ce que les Arabes avaient à gagner au contact des peuples civilisés, illustres dans les arts et la littérature, écrivit lui-môme dans le Coran qu'une part du butin serait prélevée et affectée à la fonda- tion d'écoles de tous genres et à l'entretien des écrivains, des poètes, des savants, des philosophes. Un simple exposé historique concernant les bibliothèques d'Alexan- drie achèvera, nous l'espérons, de détruire le préjugé contre lequel cette petite note a été composée. La première bibliothèque d'Alexandrie fut rassemblée par le roi Ptoiémée Soter et augmentée par ses successeurs, Ptolémée Phila- delphie et Ptolémée Evergète. Elle était renfermée dans un palais appelé Bruchion. Ce palais et son précieux dépôt furent brûlés lorsque Jules César s'empara d'Alexandrie, longtemps avant l'ère chrétienne. L'empereur Auguste forma une nouvelle collection de livres qu'il plaça dans un édifice nommé Sébastéon, et la reine Cléopâtre , héri-