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MADEMOISELLE »E VIRIEU, 61
Pour pouvoir suivre jusqu'au bout l'éducation de ses neveux,
lle
M de Virieu avait voulu pousser très-loin ces études, ordinaire-
ment réservées aux hommes, 9
Ce n'était pour elle qu'une nouvelle forme de dévouement.
Mais, sans que cela eût été son but, son intelligence y ga-^na en
étendue, et elle y puisa une nouvelle source de jouissances.
Ainsi, elle dévorait, étant malade, l'ouvrage de Dumas, sur la
chimie appliquée aux arls ; elle y trouvait un délassement plus
agréable que dans la lecture d'un roman.
C'est une preuve éclatante, non-seulement de son savoir pro-
fond, mais de la force de son intelligence.
Quand elle eut achevé l'éducation de ses enfants d'adoption,
elle ne songea qu'à se livrer à son goût pour les arts et pour les
sciences, dans son château du Grand-Lemps ; mais une route
nouvelle fut créée, qui traversa non-seulement son parc, mais sa
cour d'entrée et vint frôler lesimurs de sa demeure. Elle fut l'une
des premières victimes de la nouvelle loi d'expropriation et de
cette inflexible ligne droite, que des ingénieurs, fanatiques du
devoir à leur façon, ne feraient dévier à aucun prix.
M,le de Virieu se regarda comme chassée du Dauphiné non
plus par les ventes nationales de biens d'émigrés, mais bien par
l'achat qu'on lui faisait, malgré elle, de la meilleure partie de son
patrimoine paternel. Alors, après plusieurs hivers passés à Gre-
noble, où elle laissa bien des souvenirs et des regrets, elle réso-
lut d'aller finir sa vie en Gascogne, Ã Poudenaa, terre qui lui
venait de l'héritage de sa mère.
Là , elle recevait tour à tour ses neveux et Ses nièces qui se rele-
vaient, en quelque sorte, pour rompre la monotomie de sa soli-
tude. Et cependant l'ennui ne pouvait exister pour une femme
qui avait toujours su si admirablement employer tous les mo-
ments de sa vie. Depuis que sa vue menaçait de baisser, elle
s'était empressée de changer ses crayons et ses pinceaux contre
le ciseau du sculpteur (1). Tour à tour elle modelait en terre et
(1) A Tâge do 78 ans, elle sculpta la cheminée du château de Pupe-
tièfes, reconstruit avec un goût parfait, par son neveu, M. le marquis de