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60                  MADEMOISELLE DE, V1RIEU.
hommes et des choses du grand monde autant que Mme Swtt-
chine ; elle était peu sortie de la province ; mais ilie n'avait pas
vécu en dehors de la société, et son esprit pénétrant y avait •
trouvé un champ encore assez étendu d'observation : ensuite
plusieurs années de sa vie s'étaient employées a l'éducation
de ses neveux et de ses nièces, à qui elle avait tenu lieu de
mère ; or, en observant avec soin la jeunesse, on apprend à con-
naître l'homme tout entier, de môme qu'en étudiant les germes
et la croissance des plantes, on approfoudit la nature des plantes
elles-mêmes.
    Néanmoins, elle ne poussait pas l'analyse, comme son illustre
amie, à ses dernières limites. Elle ne tournait et ne retournait
 pas le scapel dans son âme et dans celle des autres, pour en faire
 la dissection morale.
     Seulement, sa raison que l'imagination ne dominait pas, avait
 des lumières sûres ; et un coup d'oeil lui suffisait pour voir sur-
 le-champ à de grandes profondeurs.
     Eprise de tout ce qui était beau dans les arts et dans l'ordre
 moral, elle n'avait pas pourtant la moindre nuance de ce que l'on
 appelle l'exaltation. En littérature, elle se préoccupait beaucoup
 plus du fonds que de là forme. Si elle était classique et si elle
 préférait les écrivains du grand siècle, ce n'est pas qu'elle fût
 grandement séduite par la correction et l'élégance de leur style,
 mais elle aimait chez eux le bon sens supérieur, la clarté, la bonne
 ordonnance des idées, la sage et savante méthode. Elle détestait
  les phrases et périphrases des rhéteurs ; mais en même temps,
  elle goûtait peu les audaces du romantisme.
     Evidemment, le goût de Mme SvelClrne était moins exigeant
  et bien plus éclectique : initiée complètement à toutes leslittéra"
  tures de l'Europe, elle savait en apprécier les génies divers et
  les formes vaiiées. On a dit qu'elle était très francisée; cela es^
  vrai, mais enfin elle n'était pas Française.
     Mme Swetchine était moins artiste que son amie : elle avait
  surtout moins de science proprement dite.
     Ici, quand nous pai Ions de science, nous entendons les sciences
  exactes, les mathématiques, la physique et la chimie.