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MADEMOISELLE DE VIRIEU. ù'J
éprouvée, mais la modération de son caractère la préservait de
ces excès de langage qui firent bien plus de tort à ceux qu'on
appelait les ultras que leurs votes et leurs actes politiques.
Dans l'hiver de 1823 à 1824, elle alla à Rome, on l'appelaient
son goût exquis pour les arts ainsi que sa loi profonde, son amour
pour le Pape et pour l'Église. Là , elle rencontra Mme Swetchine.
Ces deux femmes, si différentes de caractère et de tournure
d'esprit, mais si semblables par les idées religieuses, par la pro-
fondeur de l'intelligence, par la grandeur et l'élévation de l'âme,
conçurent l'une pour l'autre une estime qui engendra bientôt une
affection profonde.
Tout est sériçux, droit, simple chez notre noble compatriote ;
elle ne veut point de ces raffinements, de ces mièvreries par les-
quelles certaines femmes cherchent quelquefois à donner des
preuves de leur rare tendresse. « 11 me semble , lui dit
« Mme Swetchine, que vous n'aimez pas beaucoup ces petits soins,
« ces petites coquetteries de sentiments... Nos rapports ont été
« immédiatement sérieux, parce qu'une sorte d'instinct les a tou-
« jours rendus confiants. »
Et plus loin, Mmo Swetchine lait cet aveu admirable de modes-
tie. « Je reconnais une injustice sur quelques points, une dérai-
« son sur beaucoup d'autres, et, sur tous, cette nécessité dont
« vous me parlez si bien, de diriger ce qu'il y a de plus ardent
« dans mes vœux, dans mes espérances vers celui qui ne nous
« manque jamais. J'ai toujours été mon propre fléau, Piostrument
« de mes peines; les autres, n'en ont été que l'occasion. »
Il paraît que MIIe de Virieu trouvait que sa spirituelle corres-
pondante poussait trop loin ce que Fontenelle appelait la coquet,
terie de l'humilité, car M 6 Swetchine lui écrit : u Vous dites
â„¢
« que je me fais trop petite devant vous.... »
Aussi, cette femme supérieure qui eut une si salutaire influence
dans le faubourg Saint-Germain, qui servit de conseil et de guide
aux Montalembert et aux Lacordaire, subissait l'ascendant mys-
térieux de celte nouvelle amie, et apprenait d'elle à faire de plus
grands pas sur le chemin de la perfection.
Mlle de Virieu ne possédait certainement pas l'expérience des