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126 PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE. dernes, dont voici quelques citations : « Un savant de ce siècle-ci contient dix fois un savant du siècle d'Auguste..... Un bon esprit cultivé est, pour ainsi dire, composé de tous les esprits des siècles précédents , ce n'est qu'un même esprit qui s'est cultivé pendant tout ce temps. Ainsi cet homme, qui a vécu depuis le commencement du monde jusqu'à présent, a eu son enfance, où il ne s'est occupé que des besoins les plus pressants de la vie , sa jeunesse, où il a assez bien réussi aux choses d'imagination, telles que la poésie et l'éloquence, et où même il a commencé à raisonner, mais avec moins de solidité que de feu ; il est maintenant dans l'âge de la virilité, où il raisonne avec plus de force et de lumière que jamais. » Mais cette comparaison de la vie de l'humanité avec celle de l'individu n'est vraie qu'avec une restriction que remarque très-bien Fontenelle. « Il est fâcheux de ne pouvoir pousser jusqu'au bout une comparaison qui est en si beau train, mais je suis obligé d'avouer que cet homme n'aura point de vieil- lesse , il sera toujours aussi capable des choses auxquelles la jeunesse était propre, et il le sera de plus en plus de celles qui conviennent à l'âge de la virilité, c'est-à -dire, pour quitter l'al- légorie, que les hommes ne dégénéreront jamais, et que les vues saines de tous les bons esprits qui se succéderont, s'a- jouteront toujours les unes aux autres. «Cependant il ajoute, avec non moins de justesse , que les modernes ne peuvent toujours enchérir sur les anciens que dans les choses d'une nature a le permettre , dans les sciences, par exemple , et non dans l'éloquence et la poésie. « Il n'a pas fallu , dil-il, beaucoup d'expérience pour atteindre la perfection dans l'é- loquence et la poésie , qui n'exigent qu'un petit nombre de vues .et qui dépendent surtout delà vivacité de l'imagination. Les modernes peuvent donc se flatter d'y égaler, mais non d'y surpasser les anciens, tandis que dans les mathématiques ou dans la physique il est évident qu'héritiers de tous leurs