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PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE. 119 cependant un blasphème de dire que la sensibilité et l'ima- gination leur ont fait défaut ; qui jamais eut plus de sensi- bilité que Racine ? Je crois l'expliquer par la seule influence de la philosophie de Descartes qui tarissait le sentiment de la nature en lui Otant l'âme et la vie, pour n'en faire qu'une grande mécanique. On dirait que les poêles du siècle de Louis XIV n'ont vu la nature qu'au travers de ce méca- nisme de Descaries ; de là le rôle peu important qu'ils lui donnent dans leurs conceptions, le second plan sur lequel ils la relèguent, quand il y a nécessité de la faire intervenir, et enfin cette sécheresse avec laquelle ils la dé- crivent, comme on décrit une chose froide, et inanimée, comme une pure machine. A l'exemple de Descarles, c'est dans l'homme seul que la littérature du XVII e siècle concen- tre la vie et le sentiment avec la pensée. La pensée et le cœur de l'homme, ses sentiments, ses passions, ses rapports et sa dépendance h l'égard de Dieu, voilà la grande et iné- puisable matière qu'elle a traitée avec un éclat et une su- périorilô incomparables. Il semble encore qu'elle s'inspire du Discours de la Mé- thode et de l'exemple de Descartes, dans le soin qu'elle prend de mettre à l'écart la politique et la religion, et d'éviter jus- qu'à l'apparence de toute prétention à régenter l'État ou l'Église. Sans doule elle n'aurait pu librement se permettre l'examen et la critique en toutes choses ; cependant elle eut pu se préoccuper davantage et sans danger, >i elle en avait eu le goût et la pensée, des grands événements et des grandes réformes qu'elle voyait s'accomplir. Mais, comme Descartes, la seule réforme qu'elle ail en vue est celle de l'esprit et du cœur ; l'homme qu'elle étudie n'est pas l'homme en société, ni sous tel ou tel gouvernement, mais l'homme en lui-môme, l'homme de tous les temps et de tous les lietn , l'homme, en un mot, de la métaphysique.