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120 PHILOSOPHIE CAKTÉS1EINNE. Si la littérature du XVIF siècle est réservée à l'égard de la politique, plus encore l'est-elle à l'égard de" la foi et de la théologie. Elle observe scrupuleusement la distinction des vérités de la raison et de la foi. Mais autant, dans l'ordre de la foi, elle se montre respectueuse et soumise, autant, dans celui de la science et de la raison, elle se montre libre et in- dépendante. A la suite de Descaries, elle pousse même cette indépendance jusqu'à un injuste mépris des anciens. Au-des- sous des grands écrivains et des grands poêles qui ne cessèrent pas d'admirer les anciens et de les prendre pour modèles dans l'éloquence et dans la poésie, tout en leur préférant les moder- nes pour la philosophie et la physique, il y eut des hommes de beaucoup d'esprit, mais de peu de goût, qui étendirent aux oraleurs et aux poètes, et jusque sur Homère, le mépris pour Arislote et pour sa scholastique. Tels fuient la plupart des défenseurs des modernes dans la fameuse querelle des anciens et des modernes. C'est ici le lieu d'en montrer le rapport avec le cartésianisme, el démettre en lumière l'origine cartésienne de la doctrine de la perfectibilité. Déjà , dansDescarles et Maiebranche, on trouve la trace de ce dédain, non seulement pour les philosophes, mais pour les orateurs et les poètes de l'antiquité , qui a si fort discrédité les Perrault et les Lamolte. Nous avons vu Descaries hautement professer son peu d'estime du grec et du latin , nous verrons Maiebranche pousser le dédain de Rome et d'Athènes, des langues, de l'histoire et de la poésie, jusqu'à dire que ce serait un bien petit malheur, si le feu venait à brûler, non seulement tous les philosophes, mais en- core tous les poètes anciens (1). Parle-t-il d'Homère, il n'en parle guère plus révérencieusement que Perrault ou Lamolte. « Homère, dit-il, dans la préface de la Recherche de la vérité, qui loue son héros d'êlre vite à la course, eùl pu s'aper- 1) Voir notre premier chapitre sur Malehranclie.-