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DU RÈGNE DE LOUIS XIII 345 scène politique, du moins le fait-il sans passion personnelle, puisant aussi quelque consolation dans la pensée d'échapper par son isolement même à de terribles responsabilités. Puis, lorsque dans un regard jeté sur le passé, il tourne feuille à feuille les pages si diverses de notre histoire, il voit que le bien trop souvent combattu par les puissants du jour, triomphe cependant en assez de lieux et étend déjà au loin son pouvoir : n'en peut-il pas légitimement con- clure que l'avenir lui réserve aussi son jour de triomphe. On ne sait pas, a dit un historien, à propos des repré- sailles exercées par Richelieu, si sa sévérité étendue à tant de personnes ne fit pas plus de mal que de bien. Si ces punitions n'avaient persuadé que le cardinal était incapable d'indulgence, peut-être quelques-uns se seraient-ils efforcés d'effacer par une meilleure conduite le souvenir de leur révolte. Mais croyant qu'on ne gagnerait rien à se corriger, chacun s'entretint dans sa haine et se garda pour des temps plus favorables. Cette réflexion s'applique à tout pouvoir qui abuse de sa puissance. Il irrite les résistances et les enracine dans les cœurs, oubliant que la force est toujours éphémère et qu'elle s'expose par ses excès mêmes à d'inévitables réac- tions. Le baron DE LEUSSE. (A suivre.) K" 4 . — Octobre 1892 18