page suivante »
DU REGNE DE LOUIS XIII 337 qu'il y trouva, tout ce qui s'était passé, il leur dit qu'il voulait aller ce jour-là coucher à Pontoise, pour se retirer après au Havre. A quoi n'osant contredire, il fit venir ses gens, et leur commanda de lui apporter promptement à dîner et de faire tenir son carrosse et son équipage prêts pour partir aussitôt qu'il aurait mangé, demeurant en cette résolution jusqu'à l'arrivée du cardinal de La Valette, lequel étant fort de ses amis et ayant appris qu'il avait £té chez la reine-mère en même temps que le roi-, sans qu'on eût su ce qui s'y était passé, venait en savoir des nouvelles. « Le cardinal fut fort aise de le voir et lui dit tout ce qu'il avait fait, et que ne pouvant pas douter que le roi'ne l'eût abandonné, puisqu'il était parti sans lui parler ni lui rien mander, il voulait aller tout à l'heure à Pontoise et de là au Havre, n'attendant autre chose sinon que son carrosse et ses gens fussent prêts. Ce que le cardinal de La Valette contredit fortement, disant qu'il ne devait point penser que le roi, pour ne lui avoir rien dit ni rien fait dire, l'eût abandonné, ne songeant vraisemblablement qu'à la reine, qu'il voulait fuir pour n'être pas davantage pressé de choses qu'il ne voulait pas faire; qu'il devait se souvenir que qui quittait la partie la perdait et qu'il ne pouvait rien faire de plus avantageux pour la reine et pour ses ennemis, ni plus à leur gré que de leur laisser le champ libre et le moyen de pouvoir dire et faire contre lui tout ce qui leur plairait; auquel cas le roi pourrait bien à la fin changer et oublier tous les grands services qu'il lui avait faits : mais que sans cela il n'y avait aucune apparence. » Sans doute La Valette n'eût pas par sa seule éloquence, déterminé Richelieu à tenter, pour reprendre son ascen- dant sur l'esprit du roi, un effort suprême et dangereux qui pouvait le livrer sans défense aux mains de ses ennemis,