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530 DIVAGATIONS.
Comment son cœur sefermerail-i! 5 la prière du pauvre, alors
qu'autour de lui tant de fleurs s'ouvrent pour embaumerson
chemin et captiver ses regards ?
Oui, je suis presque certain qu'il se fait plus de bonnes et
belles actions sous un splendide soleil que sous un ciel chargé
de nuages, et que les jours si purs de l'été sont ceux où fleurit
la philanthropie et où la bienfaisance fait ses plus riches mois-
sons.
Si les plus nobles instincts de l'homme sont stimulés parle
beau temps, il seconde aussi !a verve du poète. Celui-ci est
le vrai baromètre du temps qu'il fait ; il est au beau fixe
avec l'atmosphère dont la sereine pureté s'épanche sur ses
traits ainsi que dans ses vers ; la fabuleuse Hippocrène se
trouve pour lui dans le bleu du firmament, dans une riante
campagne, dans le ruisseau qui gazouille, l'oiseau qui chante,
la rosée qui brille, l'arbre qui fleurit, l'insecte qui bourdonne,
et dans ces mille charmes qu'il découvre mieux que tout autre
au sein d'un beau jour. Voilà les véritables cordes de sa lyre,
dont chacune rend des sons empruntés à des sentiments fé-
condés dans le calme inspirateur des champs et par les ca-
resses de la nature.
Je connais un vieil auteur, amant effréné de la campagne,
qui, dans l'intention de l'admirer de plus près, fut, au prin-
temps dernier, se loger dans un hôtel situé au sein de l'un des
jolis hameaux de nos environs : sur les quarante jours qu'il y
demeura, trente à peu près furent signalés par des pluies
diluviennes qu'il regardait tomber, piteusement appuyé sur le
bord de sa fenêtre.
Enfin il quitta, la rage dans le cœur, ce séjour où sa santé,
altérée par ces humides contre-temps, ne lui permit pas
môme d'user des dédommagements offerts par une bonne
table. Mais, si son appétit fut nul, sa mauvaise humeur par
contre fut immense, et lorsqu'il envoya chercher le compte