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314 HISTOIRE les planchers. Les béliers sont suspendus à de longues chaî- nes ; le sol est aplani, les obstacles sont enlevés; un peuple de travailleurs remue la terre : sous les yeux des princes, vassaux, soldais et capitaines sapent, creusent, égalisent ; la diversité des peuples et des drapeaux redouble l'émulation. On sait que de ces premiers préparatifs dépend tout le suc- cès ; aussi, fout autour de la place, Allemands, Bourguignons, Savoisiens, haut ou bas placés, de ioul grade el de tout rang rivalisent-ils de zèle. Enfin le terrain tst déblayé, les machines sont prêtes, l'armée s'approche, le drapeau de Savoie s'agite, les chefs saluent, el un cri immense s'élève dans les airs. Tandis qu'un épouvantable ouragan de rochers ou de poutres aiguës assaille les murailles, que le sire de Béaujeu, savant dans l'art des sièges, prend l'avis des vieux officiers et fait ouvrir ces chemins tortueux qui doivent potier l'in- cendie el la destruction jusqu'au sein du château , pendant que les princes massant les troupes, organisent les réserves, lancent l'attaque et dirigent les opérations, le-comte de Savoie, impatieni, pousse son cheval du nord au midi, me- nace, appelle, provoque, el s'indigne de n'avoir devant lui que des remparts inaccessibles. Une troupe d'élite l'accompagne, et enivrée du courage de son chef, imite sa furieuse valeur. Bouvent, Conzié, Béost, Varax, le Saix, la Palu, la Baume, Corsant, Chandée, la Teysssonnière, jeunes courages, lances célèbres, tourbillonnent autour de lui et semblent porter dans leur impétueux escadron la fortune de la Savoie; leurs cour- siers se fatiguent de courses inutiles, et les assiégés sourient en voyant cette bouillante jeunesse monter et descendre inces- samment le long des abrupts et difficiles sentiers. Attaque plus redoutable, les bois de la montagne sont cou- pés, dépouillés, et précipités dans le fossé dont ils doivent combler la profondeur. Les assiégeants espèrent se rappro- cher bientôt du manoir el porter avant peu la sape dans ces