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                            CHRONIQUE LOCALE.                              287

 champs, si on prend feu, c'est un malheur particulier: la maison est
 isolée. A la.ville, c'est tout un quartier qui s'embrase, c'est tout une
 population qui est jetée sur le pavé : bien heureux encore quand le
 voisinage d'une poudrière , comme à l'incendie des Frères du Sacré-
 Cœur, ne vient pas faire planer sur la cité entière les plus terribles
 appréhensions.
    Est-ce l'influence de la villégiature qui pousse les dames, même
 honnêtes, les jeunes filles même du meilleur monde, à s'affubler des
 robes les plus gigantesques, à se coiffer des chapeaux les plus hardis,
 à se parer des plumes les plus menaçantes et à se couvrir le bout du
 nez d'un diminutif de voile en forme de muselière du plus drôle
 d'effet? Sous les grands arbres d'un parc gardé, ces toilettes de fantai-
 sie peuvent peut-être se comprendre ; mais du tohu-bohu des villes
 de bains, du sans gêne des longs voyages,, elles ont fait irruption sur
 nos trottoirs, elles prennent le haut du pavé, entrent au spectacle et
 à l'église et menacent de passer dans nos mœurs. Aujourd'hui, grâce
 à la multitude des pêches talées et à l'enveloppe de celles qui ne le sont
 pas, on ne connaît plus rien à la valeur du fruit et il faut un tact dé-
 licat, un flair habile pour ne pas s'y tromper. Mais l'étranger, mais
 le campagnard, mais l'homme naïf ne croiront-ils pas que la ville se
 corrompt et que toute la marchandise n'est bonne qu'à jeter à la ri-
 vière ?
     Si certaines choses sont tristes, il en est d'amusantes. Le 24 juillet, le
  Journal de Lyon lançait une petite flèche au Progrès : « . . . pendant
  les deux mois de sommeil auxquels il a été contraint par les rigueurs
  de la loi, disait-il, le Progrès a fait peau neuve. Il change encore
  une fois de rédaction.
     « Et de... combien?... Ma foi, on ne peut plus compter.
     « Son principal collaborateur est remplacé par l'ancien rédacteur
  en chef du Moniteur de la Côte-d'Or.
     « Nous sommes heureux — le mot est consacré — d'apprendre
' que M. Chanoine conserve la direction politique de son journal.
     « On assure que M.'Jantet fera partie de la nouvelle combinaison.
  Tant mieux. »
     Connaissant le Progrès, nous pensions qu'il allait anéantir la pauvre
  petite feuille. Mais non ! le Progrès ne lance pas ses colères pour si
  peu. Sans doute il les réserve pour les Cavalcades de bienfaisance, les
  Concours d'Orphéons et l'Administration des théâtres. Le Journal de
  Lyon a été épargné, et comme un bienfaitern'est jamais perdu, on lisait
  peu de jours après dans le Progrès du 1 septembre :
     « M- J. Palle, directeur-gérant du Journal de Lyon, adresse à ses
  abonnés la lettre suivante :
         « Monsieur,
     « Le Journal de Lyon se fusionne avec le Progrès...