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  340                IDÉAL DE LA GLOIRE.

  cette caricature de la gloire, ce lot des âmes médiocres.
  Les hommes que dévore une ambition commune, que
  gonflent l'orgueil et la vanité, qui ont soif à tout prix
  de la renommée creuse et de la célébrité, ceux-là sont
  terribles et dangereux dans les luttes de la vie. Plus leur
  idéal s'abaisse, moins ils sont scrupuleux sur le choix des
  moyens pour l'atteindre. Ces êtres-là ont fait, font et fe-
  ront toujours un mal immense dans ie monde. Ce sont
  des torches vivantes qui portent avec elles la terreur et
  la désolation.
     Érostrate sera leur type éternel.
     La gloire et la célébrité se voient à tous les pas. D'où
  vient que la nature est si avare des vraies gloires ? Pour-
  quoi trois ou quatre seulement illuminent-elles le front
  de chaque siècle ?
     C'est que sans doute le génie et la gloire sont pour
  elle d'un enfantement douloureux. Il y a dans les pro-
 fonds mystères de leur conception et de leur gestation
 une énigme de souffrance et de labeur transcendants.
     Qui n'a pas vu dans sa vie la fonte et la coulée d'un
 métal précieux ? Le minerai brut et informe est jeté dans
 l'incandescente fournaise. Il s'y liquéfie et s'y dégage de
 toutes les matières grossières et étrangères qui le souil-
 laient en s'incorporant à lui. Puis, quand la précieuse
substance est au degré de fusion où la veut le fondeur,
il ouvre une issue-par laquelle bondit et s'échappe cette
lave splendide. Elle coule, en rejetant victorieusement
les scories et les alliages impurs qui l'étouffaient ; elle
arrive au but qui lui est tracé et s'épanche nette et lim-
pide dans le moule divin que l'art lui a façonné. Le
moule se brise, et voilà au monde un chef-d'œuvre : Le