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DU CHATEA'J DE VAREY. 433
A la mort de sa fllle, le comte de Genève revendiqua la
seigneurie de Varey. Prévoyant d'avance un malheur, il avait
stipulé qu'il serait libre, au cas où le sire de Beaujeu n'aurait
pas d'héritier, de reprendre ce beau domaine et de le payer
une certaine somme, considérable si on veut, mais n'équiva-
lant pas, dans l'esprit de Guichard-Ie-Grand, Ã une forte-
resse qui avait fait ses preuves et qui couvrait la province de
Dombes du côté des montagnes. Amoureux et tout à sa belle
fiancée, le sire de Beaujeu avait signé son contrat comme un
prince. Quand il fallut tenir cette clause de marchand, quand
il vit -le lion de Beaujeu descendre du haut des tOHrs de
Varey, quand il vit surtout s'élever à sa place les armes
d'Hugues de Genève, son ennemi , sa colère fit des ser-
ments qu'il ne tint que trop fidèlement, mais dont l'exécution
attira bientôt sur lui et sur le Beaujolais une catastrophe hu-
miliante.
Hugues de Genève, grand-oncle de la dame de Beaujeu,
était fils de cette Marie de Coligny dont nous avons vanté la
grâce et la beauté. Comme tous les puînés, il n'avait guère
que son épée; il possédait en outre la seigneurie d'Anthon,
sur les bords du Rhône, faible héritage pour un gentilhomme
nourri dans les grandeurs. Agé, mais ambitieux, il accepta,
en échange des droits qu'il avait à réclamer sur la maison de
Genève, la seigneurie de Varey dont les terres étaient peu
éloignées de ses possessions, mais dont la citadelle était de-
venue un poste dangereux depuis que le comte de Savoie avait
conquis Saint-Germain-d'Ambérieux, Saint-Denis, Ambronay
et quelques autres châteaux relevant du Dauphiné. Sans me-
surer le danger, fort de sa vaillance, sûr de l'appui du Dau-
phin et comptant sur la hauteur de ses remparts, il s'enferma
dans sa forteresse, qu'il approvisionna comme si l'ennemi
tenait la campagne. Aux yeux du vieux soldat, un orage vio-
lent se préparait. Aussi prudent que brave, il appela autour
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