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376 BIBLIOGRAPHIE.
non-seulement par des exemples, mais encore par l'analyse,
les qualités de notre patois, tantôt son énergie, tantôt sa
simplicité, tantôt sa raillerie, sa mignardise, son esprit:
son génie en un mot ne ressort pas assez de la lecture de
l'ouvrage. Les intéressants dialogues, les chansons, les contes
dont M. Gras nous offre un véritable bouquet varié, laissent
malheureusement à faire presque tout le travail de l'amateur ;
c'est surtout ce caractère national et moral qu'il faut chercher
et regretter dans les patois qui disparaissent.
Quetlire des dialectes que M. Gras parle si bien ? Relater
combien ils sont exactement rapportés, malgré d'assez nom-
breuses fautes, c'est dire qu'en raison de leur moltipliciîé
extraordinaire, de leurs variantes innombrables, il est im-
possible de mieux les connaître que M. Gras ; on ne peut
lui refuser le don de si bien les figurer, qu'avec un peu d'ha-
bitude il semble qu'on va soi-même les accentuer exactement.
L'appréciation des charmants morceaux patois de tous les
dialectes que M. Gras a colligés soigneusement, et dont
l'heureux choix fait honneur à son goût, ne peut entrer
dans celle analyse. Nous avons remarqué surtout La Lima,
devis entre treis persounnageous, en patois de Mount-
bresoun ; celte charmante causerie est de l'invention origi-
nale de M. Gras.
Arrivons à la distribution des dialectes du patois forézien,
à la géographie du Dictionnaire.
Nous reconnaissons avec l'auteur que les limites en sont
très-difficiles 5 établir, que le voisinage de deux villages n'im-
plique pas un dialecte toujours identiqne, qu'il y a une ma-
nière de prononcer pour ainsi dire héréditaire dans une
profession, dans une famille. Mais ce qui fait surtout la dif-
ficulté d'établir à cet égard des règles générales, c'est qu'on a
l'habitude déjuger les idiomes sur les sons seulement ; or,
les sons ne suffisent pas pour établir de grandes différences ;