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DANS LES ALPES. • 359
Moi j'affirme et tiens pour certain
Qu'il y règne toujours en maître.
— Qu'entendez-vous par ce discours?
— Parbleu, ma réponse est bien claire.
Quand le sol n'en produira guère,
Ce livre en produira toujours !
Signé : Le Paveur en chambre.
Après la perpétration d'un pareil forfait, nous n'avions,
honteux de nous voir, qu'à éteindre la bougie , et c'est ce
que nous fîmes.
7me journée ( 4 août ).
COL DU GÉANT.'
Il est 2 heures. Nous voici en marche. Un admirable clair
de lune nous prête sa lueur. Il est le bienvenu, car, si la
nuit était sombre, je ne sais guère comment nous nous tire-
rions de ce difficile passage qu'on appelle les Ponts. Le Mau-
vais pas n'en est qu'une miniature et un simulacre. Qu'on se
figure une muraille'de rocher poli, perpendiculaire à la mer'
de glace, dans laquelle se trouvent espacés de distance en
distance a une hauteur effrayante, des saillies et des trous
où vous pouvez a grand peine cramponner vos mains et pla-
cer vos pieds au risque de vous briser les reins cent fois :
voilà ce qu'on appelle les ponts. Au bout d'une heure de cette
escrime, on rejoint enfin la surface houleuse de la mer de
glace. La nuit est fraîche; l'air vif. Le gel nocturne a durci
et raffermi le parquet de glace ; la caravane glisse et court
avec plaisir et prestesse sur cette nappe cristalline, comme
s'il s'agissait d'une partie de patins. Toute cette phase du
trajet est un divertissemet ; on se défie, on se croise, on dé-
crit mille caprices, mille zigzags; les crevasses que l'on ren-
contre sont étroites, et on les saute sans s'en préoccuper.