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340 DEUX ITINÉRAIRES
face à face avec un gentleman à cheval, parfaitement ganté
• et cravaté, aux favoris rutilants et artistement taillés, au
large chapeau a côtes de melon. C'était un Anglais de l'espèce
maigre.
Lui aussitôt d'enlever prestement son chapeau et de nous
saluer le plus gracieusement du monde, en se courbant jus-
qu'à la crinière de sa monture, et faisant retentir l'air d'un
baounjiour metchicurss formidablementaccentué. Enchantés,
ravis et troublés a cette courtoisie inusitée, nous rendons cette
salutation avec un sourire débordant d'amabilité, et en multi-
pliant les inclinations de tète.
"Vingt pas plus loin, à un autre détour, apparaît un second
cavalier. C'est un énorme type de John Bull, appartenant Ã
l'espèce de l'Anglais gras, à la panse arrondie, flottante sur
son cheval, aux jambes grêles et courtes, à la grasse et rou-
geaude figure, remarquable comme celle de tous ses congé-
nères parla grande solution de continuité qui existe entre le
nez et le menton, et par des dents d'une longueur déme-
surée-
Impossible de rester en arrière de politesse avec nos alliés
d'outre-mer; dès lors que le premier cavalier nous à salués
le premier, il est juste que nous prévenions le salut du
second. Telle est notre réflexion spontanée, et a cinq pas du
mylord, nous donnons une seconde édition de notre plus ai-
mable sourire, en ôtanl nos chapeaux et dessinant une pro-
fonde salutation. Hélas ! quelle déconvenue! l'insulaire, raide
et gourmé comme un huissier de la chambre haute, relève la
tête avec un air de dédain sublime et, sans se découvrir le
moins du monde, s'écrie d'un ton dégagé et insolent : Aho !
baoundgiour I baoundgiour ! je payais le domestique à môa,
pour saluer vu! — Et du doigt il désignait la direction dans
laquelle venait de disparaître son valet de chambre, que nous
avions pris pour un gentleman de high life.
Et nunc erudimini!