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DEUX ITINÉRAIRES DANS LES ALPES. 333 pe'és et marécageuses qui forment les premières rampes du glacier de Saint-Théodule, nous abordons le pied méridional de ce beau glacier. A ce moment, les rayons du soleil d'août dardés sur cette surface blanche et transparente, la faisaient ressembler a une gigantesque nappe de cristal étincelante de mille lumières. 11 fallait pourtant la gravir pour arriver au sommet du col. C'est un instant toujours empreint de solen- nité que celui qui précède l'heure où l'on va affronter l'in- connu des vastes glaciers ; on mesure de l'œil avec une curio- sité anxieuse ces pentes glissantes et bleuâtres qui recèlent une mort possible dans leurs flancs. Nous armons nos yeux des lunettes bleues et nos chapeaux du voile de gaze verte destinés traditionnellement à adoucir la réverbération du soleil, puis, nos guides, déroulant les cordes solides qu'ils ont emportées avec eux, nous attachent par la ceinture les uns à la suite des autres, en laissant environ trois mètres de distance entre chacun de nous. De la sorte, si l'un de nous tombe, il sera retenu par les autres. C'est une chaîne, un chapelet humain ainsi composé : en tête, l'un des guides ; mon ami C... après lui; l'autre guide ensuite, et moi le der- nier fermant la marche. Par cet attelage chaque guide tient l'un de nous en bride et prévient le moindre faux pas. Cela fait, nos alpinstocks affermis dans nos mains et nos guêtres resserrées autour de nos jambes, nous commençonssilencieu- sement l'ascension des parois glacées. Perron placé à l'avant- garde, interroge d'un œil perçant toutes les sinuosités et les accidents de cette surface; il sonde avec son bâton ferré l'emplacement des crevasses, détermine les points où elles doivent être franchies, et quand elles sont trop larges pour l'être, combine les détours au moyen desquels il faut les tourner et les ponts qui doivent servir à leur traversée. Quand le passage est choisi, le guide qui flous précède fran- chit d'abord le pas, puis, arcboutant ses jambes, s'arrête,