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                       DANS LES ALPES.                   ' 223

rance ennuyeuse, c'est vrai, mais qui prouve une chose,
le travail d'esprit prodigieux et incessant qui se fait dans
ces cervaux montagnards, stimule's par la solitude et les
longs loisirs des hivers alpestres. Cette faconde inépuisable
ne nous empêche pas cependant d'admirer les sublimes
scènes qui se déroulent devant nous. L'ascension du Cra-
mont, si peu pratiquée, et tant exaltée cependant par Saus-
sure, a dépassé tout ce que notre imagination avait rêvé.
Il en est peu qui procure une satisfaction aussi complète.
Le sommet est a 9,200 pieds au-dessus du niveau de la
mer; l'ascension est fatigante, mais sans danger, et le pa-
norama dont on jouit a quelque chose de féerique. Nulle part
on ne voit aussi bien dans son ensemble le pâté du Mont-
Blanc et le Mont-Blanc lui-même. Le géant des Alpes se
dresse là dans toute sa hauteur, l'œil embrasse et perçoit
tout son squelette et sa colossale ossature, sans être arrêté
et gêné par les satellites qui partout ailleurs enveloppent
sa base et la font ressembler à un artichaut entouré de
ses feuilles. D'un côté, YAllée-blanche exhibe ses mer-
veilles, de l'autre, les monstrueux glaciers de Ruïtor éta-
lent leurs croupes éblouissantes. Du côté de l'Allée-blan-
che, depuis les pics du col de la Seigne jusqu'à ceux du
grand Jorasse, on embrasse chaque aiguille et chaque gla-
cier h travers cette vaste ligne de près de 60 kilomètres.
Quarante milles, sous un angle de 150 degrés, se déroulent
comme un immense tableau devant le contemplateur.
   Vers le nord et le nord- est, le regard plonge dans les re-
plis lointains de la vallée d'Aoste, et voit les anneaux d'ar-
gent de la Doire étincelante. Dans la même direction, le
col de la Sereine s'entr'ouvrè et vous conduit, par une
échappée, jusqu'aux massifs qui environnent le Grand-Saint-
Bernard, dominés par les pics altiers et lisses du Vean et
du Combin. Au sud, se dessinent a l'horizon le passage et