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222                    DEUX 1TINÉKAIRES

elles avaient bravé les menaces de l'orage en quittant l'hos-
pice, au lieu d'y passer la nuit, et portaient la peine de leur
témérité. Nous nous confondîmes auprès de ces dames
en compliments de condoléance ; mais la nature reprenant
ses droits, nous oubliâmes leurs peines et les nôtres dans un
sommeil réparateur.
                      3 m e journée (9 août).

   Partis à trois heures du matin, notre heure de départ
réglementaire, nous arrivons au village de la Balme à près
de cinq heures. Cette marche matinale dans une gorge pro-
fonde où roule la rivière torrentueuse de la Thuille dont les
eaux vont grossir la Doire, a quelque chose de délicieux.
Le lever du soleil est splendide et compense la tempête de
la veille. Nous sommes décidés à faire l'ascension du Cra-
mont, une des plus intéressantes qui puisse se faire dans
les Alpes. Mais le jeune guide que nous avons pris a Saint-
Maurice ne nous suffit plus. 11 ne connaît pas assez cette
région. Nous lui adjoignons un coadjuteur dans la personne
d'un montagnard grand et sec, aux longs cheveux noirs
huileux et aux allures austères, qui avec sa longue houpe-
lande brune a un faux air de séminariste ou de puritain
d'Ecosse. C'est une curieuse individualité, intrépide du reste,
et guide prudent et sûr. Il cumule la double profession
d'instituteur et de muletier; mais il est guide a ses moments
perdus, poète, philosophe et chroniqueur en tout temps.
Notre compagnie l'intéresse et le flatte, je ne sais guère
pourquoi, et le voilà qui se met à nous étaler à plaisir le
bagage inépuisable de ses souvenirs et de son érudition.
Le latin, l'Ecriture-Sainte, l'histoire, la géologie, la bota-
nique, la médecine, la théologie défilent tour à tour dans
ses discours verbeux, abondants et interminables. Nous
sommes ahuris, hébétés, mais rien ne l'arrête. Intempé-