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DANS LES ALPES. 215
PREMIER ITINERAIRE.
Du 7 au 16 août 1862.
1 re j ournée (1 août).
Il est six heures du matin. Le soleil resplendit ; le beau
soleil d'août sans nuages et sans vapeurs, qui porte la sécu-
rité dans le cœur des touristes. Le train qui doit emporter
les centaines de voyageurs sur la Suisse, arrive en bondis-
sant dans l'élégante gère des Brotteaux, dont le style archi-
tectural donne un avant-goût des chalets helvétiques. Les
cockneys de toute encolure et les ladies de tout âge se pré-
cipitent en gazouillant dans les wagons ouverts ; elles (les
ladies), enlèvent d'assaut les angles des compartiments,
mieux peut-être que leurs frères ou leurs maris n'ont enlevé
le grand redan de Sébastopol. Cette phase de l'installation a
quelque chose de brutal; chacun pour soi et Dieu pour tous;
c'est l'ordre du jour. Dans cette mêlée, la galanterie n'a
rien a voir ; c'est le droit du plus fort, sans distinction de
sexe. Les Anglais ont tué la galanterie en voyage. Que faire
de cette vertu toute française avec des gens qui ne vous en
savent pas gré ! L'égoïsme féroce et absolu étant la première
loi desfilset desfillesde la grande Bretagne, ils considèrent
comme dupe ou naïf quiconque a la bonhomie de témoigner
des égards a ses compagnons de voyage. „ .
Enfin, le travail de tassement est achevé, les élus se can-
tonnent moelleusement dans les coins capitonnés dont ils
ont fait la conquête. Ceux que le hasard ou leur poignet a
moins bien servis, se résignent stoïquement a ne voir le
paysage et à ne respirer l'air que par échappée ; le sifflet
donne le signai et le convoi se lance a toute vapeur dans
cette plaine du Rhône toujours belle et majestueuse , même