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216 DEUX ITINÉRAIRES
pour l'œil qui vient de contempler les scènes les plus gran-
dioses. Voici Miribel et ses îles qui, jetées par myriades
dans le lit démesurément élargi du fleuve , lui donnent un
aspect de Mississipi ou de Missouri. Voici Montluel, abrité
contre sa colline verdoyante ; Meximieux, qui repose l'œil
comme une oasis après la traversée de l'infertile et sévère
Valbonne ; la rivière d'Ain, azurée et miroitante comme un
saphir, puis Ambérieu , où le train séjourne quelques minu-
tes. C'est la qu'au buffet se renouvelle l'assaut qui a signalé
la prise de possession des voitures. LÃ encore, comme en
toute chasse au confortable , les fils d'Albion sont les plus
habiles, et leurs blanches molaires ont trituré les viandes
froides offertes en pâture à l'appétit des voyageurs, bien
avant que les bouc'ies françaises aient absorbé le potage
ou la tasse de café qui leur sert a rompre le jeûne matinal.
Nous avons franchi la'longue et monotone vallée de l'Ai-
barine. Je trouve, quoi qu'on dise, beaucoup d'engouement
dans l'éloge qu'on en fait. C'est la partie la plus ingrate du
Bugey (1). C'est plutôt une gorge qu'une vallée, et une gorge
sans grandeur et sans imprévu. Le cœur se serre pendant
qu'on la traverse et se dilate dès que ses bras s'élargissant,
vous ramènent, inondés d'air et de lumière, vers les rives du
Rhône et celles de l'admirable lac du Bourget. Nous avons
salué Chambéry et la splendide vallée de Montmélian ; midi
sonne a l'église de Chamousset, où le train nous dépose.
Adieu la locomotive ! Voici déjà les grands sommets à l'hori-
zon prochain, c'est le coche d'abord et nos jambes ensuite
qui seront désormais nos véhicules.
Une patache qui s'honore du titre de diligence , est là ,
prête a nous conduire à Moutiers (Haute-Savoie). Mon excel-
lent ami et compagnon de voyage L. C,.., s'installe avec
moi dans le coupé de cette vénérable machine. Quoique assez
(1) Oh ! ! ! ... (Note de la Direction).