page suivante »
DU MARÉCHAL CASTELLANE. 203
faire sonner le boute-selle au moment le plus animé d'un bal où
il assistait avec les corps d'officiers. Au son de la trompette, tout
ce qui portait l'uniforme se précipitait au dehors, sans plus de
souci des danseuses, et courait au quartier. Le premier sur le
lorrain, c'était Castellane, et gare à qui arrivait trop tard ! On
sortait de la ville, on marchait souvent pendant plusieurs lieues,
on passait une rivière à gué et l'on était de retour pour l'appel du
matin. Résultat le plus immédiat : des arrêts et des rhumes ;
c'était peu varié, mais c'était certain.
Comme inspecteur général, Castellane excellait à donner des
notes.
D'un officier peu au courant des usages de la bonne compagnie
il disait ; « Bon officier ; coupe son pain. »
Un officier d'un grade très-élevé fut noté ainsi : « Sait l'or-
thographe. »
C'est Castellane qui a défini de la manière suivante certain
gradé, pourtant bien en relief dans le régiment : « Apte à son
emploi : grand, fort et bête. »
Devenu maréchal, Castellane avait retranché de sa manière la
plupart de ces excentricités.
On dit cependant que, pour prendre ses bains, il gardait sur
la tête son chapeau bordé et, à portée de la main, son bâton de
commandement! Mais nous croyons que cette assertion entre
déjà dans la légende.
Un jour, il avait à sa table deux généraux, de passage à Lyon,
avec l'officier de service, remplissant, comme quatrième, le rôle
de grande utilité. Au dessert, la conversation roula sur les diffé-
rents uniformes en_usage dans les hussards. Un des généraux
affirmait que tel régiment portait en telle année le pantalon
bleu; le Maréchal croyait se rappeler au contraire qu'à ,cette
époque le pantalon en service était rouge.
L'officier d'état-major, qui jusque-là n'avait ouvert la bouche
que pour manger, se trouvait par hasard avoir servi cette annee-
là dans le régiment en question. Il laissa donc échapper ce mot :
« bleu. • Le lendemain, le Maréchal disait en parlant de lui :
>
« C'est un bon officier; mais il est bavard. »