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206 BIOGRAPHIE POPULAIRE
Toutes les dames de Lyon connaissent les petits présents du
-maréchal : des bâtons de sucre de pomme et des fichus micros-
copiques. Il ne faisait jamais une visite sans offrir à la maîtresse
de la maison l'un de ces deux objets, quelquefois tous les deux
ensemble s'il la tenait en plus grande estime et affection.
Il accordait une grande attention aux cheveux des dames, Ã
leurs jambes et même à leur esprit. Il tenait un contrôle du
personnel féminin de son commandement.
Voici quelques-unes des notes qu'il donnait :
— Spirituelle, mais n'a pas de jambes; — cheveux ébouriffés;
— sotte et rouge ; — a des jambes; est agréable, etc. ; puis
l'âge en regard, l'âge authentique.
Sous le rapport des jambes, sa curiosité ne se maintenait pas
toujours dans les bornes d'un respect suffisant. A table il laissait
souvent tomber sa serviette du côté de sa voisine et mettait trop
de temps à retrouver cet objet. On cite une femme d'esprit qui,
ayant le Maréchal à sa table, avait placé derrière son Excel-
lence un domestique porteur d'une provision de serviettes. Dès
que le Maréchal laissait tomber la sienne, le valet empressé lui
en présentait une autre. Plus de prétexte alors pour le malin
vieillard d'aller fouiller sous la table. Castellane sortit de cette
maison de fort mauvaise humeur.
Il y aurait à écrire un volume de légendes ; mais limité que
nous sommes par des considérations d'ordres divers, nous allons
passer à la méthode.
VI.
Au sujet des rapports qui pouvaient avoir lieu entre la popu-
lation et l'armée, Castellane a écrit ceci : « Chaque fois qu'il y a
une querelle entre militaires et bourgeois, je commence toujours
par punir les militaires. J'examine ensuite, et si les militaires ont
tort, j'augmente la punition. Je m'en suis toujours bien trouvé. »
Castellane n'a jamais cessé d'avoir les meilleures relations avec
les autorités civiles. Il y arrivait facilement grâce à son grand
esprit d'ordre, à son amour réel du bien, à son tact exquis, Ã