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86 POÉSIE SATIRIQUE DU XVI e SIÈCLE.
jour et de bon cœur : leurs frais éclals de rire retentissent
au soleil, avec les gais propos de leurs gentils gorriers,
qu'elles ne trouvent point, elles, plus infects que tneseaulx
rouges museaulx. Elles prêtent l'oreille à leurs devis d'amour
et les récompensent par un doux regard des rudes assauts
qu'ils viennent de se livrer à la barrière, en l'honneur des
dames. Honni soit qui mal y pense !
Se par voz ditz entendez nous dompter,
C'est tout abuz,—De ce ne tenons compte.
Toujours voulez simples gens surmonter,
Et vostre bruyt élever et monter.
Soudain descend ecluy qui trop haut monte.
Il fait mal veoir une femme sans honte,
Mais detracter est vice aussi damnable.
De soy mesdit qui blamc son semblable.
Ce sont là des vers bien frappés et des pensées énergiques ;
je trouve surtout une maxime élevée et une expression aussi
juste que saisissante dans le dernier :
De soy mesdit qui bla.hc son semblable.
Comme on a pu s'en apercevoir, la réfutation suit l'attaque
de point en point, et presque vers par vers. Voici la réponse
aux reproches de maintien scandaleux à l'église.
Vous nous chargez quant à l'église sommes,
De nos mignons à veue d'œil remarcher.
Ce nous seroient comme importables sommes (1)
Que nous veissions les jeunes gentilhommes
En leurs gorres sur la terre (2) marcher.
Se en l'église votre parler est cher,
Le notre non : car nous avons dispense.
En beau parler n'a mal qui ne Iy pense.
Les dames de Lyon se vantent un peu, quand elles pré-
tendent avoir dispense de garder le silence à l'église : je ne
(1) Importable somme, fardeau insupportable, grand ennui.
(2) Sur la terre, autre ellipse, les yeux fixés en terre.