Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
 178                   LA COUSINE BRIDGET.
  cri et se serra contre lui ; mais, avec plus de force que je ne m'en
  croyais capable, je les séparai et, le menaçant d'appeler immé-
  diatement mon père, je lui ordonnai de se retirer. Il obéit.
     « Je supportai Agatha tremblante et demi-évanouie jusqu'à
 sa chambre et je demeurai assise à son côté toute cette nuit.
 Pas un reproche ne tomba de mes lèvres. Je ne lui découvris
 môme pas mon secret et gardai toujours aussi fidèlement
 le sien.
     « Six semaines après, je descendis de ma chambre un matin
 et trouvai ma sœur partie. Des domestiques furent dépêchés
 dans toutes les directions sans pouvoir trouver de traces de
 l'infortunée jeune fille. Toute l'indignation de mon père retomba
 sur moi. C'était la faute de mon manque de vigilance, de mon
 manque d'affection ; — mais rien ne put me faire trahir Agatha.
 Je lui avais promis le silence.
    « Mon père ne survécut, que d'un an à cette catastrophe. Je
 crois qu'elle fut la, cause première de sa fin, car Agatha était
 sa vie tout entière. Il fut impossible de rien découvrir à son
sujet. Quand tout espoir fut perdu, mon père s'alita. II ne
 se releva jamais, et son dernier soupir fut une bénédiction pour
elle, — mais non pour moi !
    « Peu de semaines après sa mort, on m'annonça qu'une
femme désirait me dire quelque chose de la plus grande impor-
tance. J'allai à elle et, dans l'être pâle et hagard qui s'offrit à ma
vue, j'eus de la peine à reconnaître cette Agatha, naguère dans la
fleur de sa beauté.
    « C'était elle pourtant! — et avec elle la vieille histoire de la
trahison et du délaissement ! elle venait chercher, implorer un
abri pour elle et pour son enfant.
    « Il n'est pas besoin de dire que je l'accordai. Pour elle,
j'abandonnai toute société; je la soignai avec toute la sollicitude
possible ; mais le coup l'avait frappée au cœur.—Elle mourut,—
et je restai la seule ressource de sa fille, car du père, je ne
possédais aucun indice. Je l'entretins, la vêtis, l'élevai, et enfin
me consacrai entièrement à elle.
    « Une grande partie de la fortune de mon père avait disparu