Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                                   — 252 —
      L'autorité directoriale n'avait, en somme, été vraiment sévère qu'à
l'égard de celui qui n'avait en rien mérité cette sévérité. Si elle n'avait rien à
redouter d'un homme du caractère de Montchoisy, elle avait tout à craindre
d'une collectivité que l'auréole de victoires sans cesse renouvelées pouvait
rendre redoutable : c'est sans doute pourquoi elle la ménagea.
      Les poursuites criminelles engagées en suite de la journée du I er prai-
rial n'aboutirent à aucune sanction.
      Les deux volontaires, auteurs du meurtre de Rollet, obtinrent du
conseil militaire réuni pour les juger une sentence d'acquittement. Les
citoyens de Lyon, dont la générosité en la circonstance mérite d'être mise
en particulière évidence, s'étaient unis pour solliciter leur grâce lorsqu'ils
avaient appris que leur victime, avant de rendre le dernier soupir, avait
demandé que sa mort leur fût par donnée.
      Le tribunal de cassation avait renvoyé devant le directeur du jury
d'accusation de Louhans l'instruction à faire contre les auteurs des meurtres
de Robat et de Bergeret. Ce magistrat n'eut même pas à saisir son jury,
les meurtriers, malgré la copieuse enquête suivie à Lyon, n'ayant pu être
découverts. Le silence complice de la ville presque entière leur était acquis
et, « Compagnons de Jésus » sans doute, ils purent continuer et accroître
leurs forfaits jusqu'au 18 fructidor, sous le commandement militaire des
généraux Elie et Canuel, successeurs impuissants de Montchoisy, — ce qui
 prouve surabondamment que le Directoire aurait été bien inspiré en lais-
sant celui-ci continuer l'Å“uvre de pacification qu'il avait entreprise avec un
succès évident.
                                                       Edouard PERRIN.