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tenant général au bailliage de Bresse, réunit les parents des mineurs Démia,
afin de leur nommer un tuteur x . Claudine déclina d'abord une telle charge
« tant pour être assez mal disposée, que parce que la tutelle luy seroit trop
onéreuse, demandant la vigillance d'ung homme et non d'une famme ».
Un cousin du défunt, Jacques Richard, allégua qu'il était déjà chargé
d'une autre tutelle ; un oncle dit qu'il avait six enfants ; d'autres parents en
avaient aussi en bas âge ou bien s'excusaient sur leur éloignement de Bourg.
Bref, personne ne voulait de cette tutelle et le lieutenant au bailliage allait
désigner quelqu'un d'office, quand Claudine revint sur sa détermination.
Le lendemain, il lui fut alloué cent livres par an pour la nourriture et l'en-
tretien de chacun de ses enfants, jusqu'à ce qu'ils aient atteint leur dixième
année.
Au commencement de mars, la veuve put enfin se mettre en route. Son
beau-frère OUier, un cousin de son mari, Favre le jeune, et un domestique
l'accompagnaient. La petite troupe arriva à destination dans la journée du 5.
Claudine fit célébrer le jour suivant un nouveau service chez les Béné-
dictins. Elle retira du greffe les objets inventoriés, régla divers comptes et
vendit à M. de Tournon, outre le poulain qui l'avait transportée, le cheval
que montait son mari dans son dramatique voyage. Deux jours après, elle
revint à Lyon où M. de Tournon fit prendre le poulain vendu.
A Bourg, le 18 mars, Claudine obtint la levée des scellés. Ce jour-là et
les deux qui suivirent, le curial procéda, en présence de quelques témoins,
à l'inventaire de la maison.
Quel choc au cœur de cette femme en deuil lorsque l'homme de loi se
mit à parcourir la demeure familiale ! Quels tristes moments que ceux où
elle vit inventorier tous ces objets, témoins muets des joies et des douleurs
de son ménage, remuer sans discrétion ses souvenirs les plus intimes, scruter
papiers et notes domestiques, ouvrir avec fracas les meubles, compter le
.linge, en partie sorti de sa quenouille, et livrer à des étrangers tous les
humbles secrets de son orgueil de bonne maîtresse de maison! Qu'il dut
être pénible pour elle cet inventaire, prélude trop assuré de la vente Ã
l'encan qui allait suivre !
1. Arch. du Rhône, E. 659.