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 qu'une seule journée à Lyon qu'il voyait pour la première fois *, mais il y
est venu tout exprès en 1839, il y a passé de nouveau quelques jours en
 1843, en 1844, en 1853, en 1861, au cours de voyages en Suisse, en Proven-
ce, en Italie. Il a, chaque fois, un programme surchargé de courses et de
visites. Il veut tout voir, tout revoir, le Lyon antique et le Lyon moderne ; il
a de nombreux rendez-vous avec ses amis et les amis de ses amis, discutant
les questions d'histoire ancienne et de politique actuelle, et, le soir, dans sa
chambre, il écrit hâtivement le compte rendu de ses journées. C'est à l'aide
de sa correspondance inédite et de ces notes, souvent informes, que je me
propose de reconstituer ces différents voyages.

      De son passage à Lyon en 1830, on trouve un souvenir dans le Banquet.
Il ne s'était pas encore formulé à lui-même la fameuse antithèse entre
Fourvières et la Croix-Rousse, la montagne qui prie et la montagne qui
travaille. « J'avais senti cela confusément, dès mon premier voyage à Lyon
en 1830, mais je voyais encore sans voir ». Il sentait, nous dit-il, mais d'un
cœur aveugle, « en gravissant péniblement les âpres montées de la Grande
Côte ou les escaliers noirs de la ville opposée qui ont l'air de monter jus-
qu'aux nuées pluvieuses ». Il vit bien l'opposition des deux montagnes,
mais « la conciliation des deux fleuves, la rencontre de tant de provinces,
l'autel romain des soixante nations des Gaules, renouvelé par la Fédération
de 90, ces souvenirs d'union voilaient la lutte réelle »2.
     En effet, si l'on jette un coup d'oeil sur la page consacrée à Lyon dans le
Tableau de la France, publié trois ans après (1833), c'est une image d'union
et de douceur qui s'impose à l'esprit : la grande et aimable ville de Lyon, avec
son génie éminemment sociable, unissant les peuples comme lesfleuves.Michelet
évoque « plus d'une jeune marchande, pensive dans le demi-jour de l'arriè-
re-boutique », écrivant comme Louise Labé, comme Pernette Guillet, « des
vers pleins de tristesse et de passion ». De la « fourmilière laborieuse » —
même après l'émeute de 1831 — il ne proclame pas encore les revendica-
tions sociales, mais il dit « la vie morale, la poésie » et la « touchante frater-

   1. Le 19 mars 1830.
   a. Le Banquet, p. 159.