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258                   HENRI HIGNAKD

premier. Bien certainement il n'a pas trempé dans toutes ces
misères; mais ce que je vous dis pourrait revenir à d'autres
oreilles, et je ne le veux pas. Je reconnais de jour en jour
qu'il faut être en tout d'une extrême prudence, et je suis
très heureux maintenant que Noël n'ait pas été invité chez
vous.
   Voilà, mes chers parents, où en sont nos affaires. Il n'y
a presque pas de chances pour que cette réunion tant rêvée
s'accomplisse ; beaucoup au contraire pour que notre sépa-
ration dure. Mais en quelque endroit que je sois envoyé, et
dussé-je faire 400 lieues, je ne veux pas me priver ces
vacances du bonheur de vous voir. Je vous dépense beau-
coup d'argent maintenant; cette fin d'année est ruineuse,
mais l'année prochaine je réparerai cela, et soyez sûrs que
je suis prudent, que je suis homme, ayez confiance en moi.
   Je suis assez bien disposé pour le concours; c'est demain
que nous répondons à l'appel et je saurai si Barriod se pré-
sente, car depuis trois mois nous ne nous écrivons plus, et
je ne sais pas ce qu'il fait. Hélas ! que je vois bien mainte^
nant combien l'amour d'un père et d'une mère est éclairé,
et combien il trompe peu ! J'ai longtemps défendu contre
vous cette amitié sur laquelle je me faisais de grandes
illusions !
   Aimez-moi beaucoup et écrivez-moi vite. J'aurai besoin
pendant le concours de recevoir souvent de vos nouvelles ;
que mon père se force un peu ; il sait bien que le contente-
ment du cœur est ce dont mon esprit lui-même a le plus •
grand besoin, et que, par exemple, lorsque j'ai concouru
 pour l'école, ce qui me donnait de la force et du courage,
ce qui dissipait toutes mes inquiétudes, c'était de causer
 avec vous le soir dans une douce intimité. Ecrivez-moi
 donc. Recevoir de vos lettres, c'est mon plus grand