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LETTRES DE "SAINT-ETIENNE 355 4 9 août 1843. Lettre à son frère. Ecrite en 1843. alors qu'il avait 24 ans et son frère 19 ans 1/2. Son frère était malade chez une amie de leur mère, avec sa mère, dans une belle propriété à Irigny, près Lyon (la seconde année de sa rhétorique à Saint-Etienne). Lundi soir. MON CHER AMI, Quoique je ne reçoive ta lettre que bien tard, je m'em- presse d'y répondre, ton instance m'en fait une loi. Veux- tu que je te le dise ? Je n'ai rien compris à ta lettre : tu me dis que tu pleures, et cela en style presque plaisant ; tu me parles de malheur, de tristesses, de pressentiments sinis- tres, et tout cela, parce que tu t'es ennuyé à ne rien faire pendant une demi-journée. Au premier abord j'ai cru que tu plaisantais : cependant les larmes sont choses sérieuses ; un homme n'en verse que pour des sujets graves, pour des peines qui en sont dignes; et je ne puis croire que tu te sois mis à en répandre pour quelques heures d'ennui, parce que tu n'avais plus là une petite fille pour t'amuser, comme l'enfant qui, une fois son hochet perdu ou cassé, se met à sangloter sans savoir à quoi s'occuper. Mon ami, permets- moi de te parler sans façon : je ne vois rien là de bien sérieux ; il est très possible, ce me semble, que deux heures après avoir écrit cette lettre mouillée de larmes, tu aies ri de bon cœur à quelque niaiserie. Mais il me semble qu'il serait