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12                       LE BIBLIOGRAPHE

 tissent, ains s'agrandissent et s'illustrent d'autant plus, que
 que plus ils sont communiquez aux autres. Le traffic de
 telle denrée est le plus seur, digne et honnorable que
l'homme puisse faire, voire propre de celuy qui entre les
humains veut estre plus homme que: les autres, ou pour
 dire mieux et plus vrayement, vray homme parmy les statues
et simulacres des hommes.» A ses yeux, la perte d'un bon
 ouvrage est une sorte de malheur public, et il s'emporte
 contre l'incurie des héritiers de Bernard Salomon, qui ont
laissé « ronger aux rats et à la vermine » un beau Traité de
perspective qu'ils avaient trouvé dans les papiers du graveur
Jyonnais ( i ) .
    On s'étonnait un peu autour d'Antoine de ces goûts nou-
veaux dans une race de marchands ; la parenté ne ména-
geait pas les brocards à ce jeune homme qui tranchait du
savant, et lisait jour et nuit au lieu de surveiller la culture
desesterres.il répondit un jourpar l'apologue de ce père dé
famille qui laissa à ses deux fils, avec des biens au soleil,
une grande quantité d'huile à brûler. L'un consomma sa
provision à banqueter la nuit « dont en .brief il fut réduit
en grande pauvreté » ; l'autre, usant son huile à veillensur
les livres, « en devint grandement riche » ; et sur le cas de
ces deux frères, on fit des vers en forme de moralité, que
le bon du Verdier traduit ainsi :                             •

       Cestuy son huyLe perd et gaste sa personne,
     . Pendant qu'il fait grand chère et souppe à la chandelle ;
       Cest autre s'enrichit et remplit l'escarcelle, '
       Pendant qu'à souvent lire à la lampe il s'adonne (2).



  fi) Bibliothèque, p. 119.
  (j) Prosopographie, préface.