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I3§ HENRI HIGNARD dix-huit ans .sonnés qui cependant sont bien quelque chose. Que veux-tu ? Il faut bien passer quelque liberté aux vieux. D'ailleurs c'est un terme d'amitié charmant. Quel amour plus vif peut-on concevoir que celui d'un père ou d'une mère pour leur enfant ? Et n'en déplaise à nos philosophes qui trouvent absurde ie droit d'aînesse, un f:ère aîné aura toujours pour les autres, quelque chose du père : je le sens à l'amour que je te porte. Tu recevras, mon cher ami, avec cette lettre, le Rome et Lorelle de Veuillot. Je crois t'en avoir déjà parlé. Je t'envoie l'exemplaire qu'il m'a fait remettre, et que j'ai lu avec un grand plaisir et une grande instruction. Je te recommande en particulier le chapitre intitulé l'Anniversaire, et un autre r A Saint-Marc de Venise. Le charme de ce petit ouvrage est en grande partie dans sa variété. A de jolis récits, sont mêlées des méditations très élevées, et où respire une ten- dre piété. J'espère que ce petit cadeau te sera agréable ; c'est une lecture de récréation comme elles devraient être toutes, pleine de bons et pieux sentiments et de détails instructifs. Tu me diras dans tes lettres ce que tu auras principalement remarqué. Parle-moi donc aussi un peu de ton commerce. Je pense que les frayeurs du père Debar sur les révolutions futures sont un peu calmées, et que ses belles harangues du bureau ont cessé avec elles. Voilà ce que je n'aime pas dans les négociants, c'est que toujours ils se plaignent du temps présent. Ils ont une phrase consacrée : les affaires vont mal, les temps sont durs; et comme jamais ils n'en sortent, il s'ensuit que lesafFairesont toujours été mal, et que les temps ont toujours été durs ; il est donc bien ridicule de se plaindre etilfauttout bonnement accepter les choses comme elles sont, tout en cherchant à vaincre, par le travail, la persévérance, le