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210              L'AMBULANCIÈRE ALSACIENNE

 soldats allemands entraient par les portes de Brisach et de
 France et prenaient possession de notre dernière place forte
 alsacienne.
    Les malades et les blessés, restés dans les ambulances
 après l'évacuation de la place, eurent à subir fatalement le
 contre-coup du départ des troupes françaises. L'une de ces
 ambulances, celle établie dans la caserne de l'Espérance,
 où les malades et les blessés du premier bataillon du 16e de
 marche des Mobiles du Rhône avaient été transportés, fut
 complètement abandonnée, non seulement de sa direction,
 mais également de tout son personnel. Du jour de l'éva-
 cuation de la place par la garnison française jusqu'à celui de
 leur départ, les malades de cette ambulance ne reçurent la
 visite d'aucun docteur et ne virent aucun infirmier. Ils se
 soignèrent entre eux, les moins malades faisant la tisane
 pour tous, et quelle tisane ! tout simplement une infusion
 de plante de centaurée mélangée avec des morceaux de
 bois de réglisse, découverts dans le fond d'un placard !
    Composée en partie de malades ayant la petite vérole,
cette ambulance ne reçut même pas la visite des Allemands ;
ces derniers n'osaient en franchir la porte par crainte de la
contagion; mais, par contre, quelques-uns d'entre eux, se
disant Polonais, apportaient aux malades des poignées de
cigares et des bouteilles d'eau-de-vie qu'ils déposaient à
l'entrée de la salle en criant : « Bour les gamarades. »
   Une seule personne eut la charité de franchir le seuil de
cette ambulance, ce fut une femme, une brave Alsacienne,
qui avait appris l'abandon dans lequel se trouvaient les
pauvres malades.
   La Société des Femmes de France n'existait pas encore,
mais le cœur de la femme française existait depuis
toujours ; sa charité, sa noblesse d'âme, le devoir poussé