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LE «OUVEAU FOURVIÈRE. 129
faire passer dans le cerveau des artistes l'enseignement qui
ressortait de ses beautés dominantes. Ce qui a manqué,
c'est l'aptitude à comprendre et à s'assimiler, pour les appli-
quer à un art nouveau, les lois admirables qui ont déterminé
et qui régissent les proportions et les harmonies de ce temple
à yamais célèbre.
Et c'est précisément cette justesse de perception des valeurs
harmoniques, cette aptitude à comprendre et à s'assimiler les
beautés de l'art antique que l'on peut remarquer dans l'œu-
vre qui nous occupe. Cette transfusion est d'autant plus
étonnante qu'elle n'a jamais été tentée, et qu'elle s'est opérée
sur un style qui s'est toujours montré rebelle à l'influence
classique de l'antiquité, et en a été constamment l'antipode
le plus direct.
Conçu en effet dans le sentiment religieux de l'art du
moyen-âge, le monument de Fourvière n'a aucun rapport
de style avec le Parthénon, mais à en juger par les dessins
d'ensemble, il en reflète les harmonies et l'élégance. Le
célèbre temple de Minerve n'a pas servi'd'imitation, il n'a
été qu'un enseignement dans l'œuvre inspirée du temple de
, Marie. Là l'art chrétien s'est dépouillé des étrangetés du
gothique, pour ne revêtir que des formes pures et correctes,
mais exemptes de sécheresse et de monotonie.
L'église de Fourvière sera ogivale ; elle ne sera pas gothi-
que, et ce sera son cachet suprême d'originalité. Ce sera
peut-être le premier exemple d'une transformation si com-
plète d'un style dont on retrouve, il est vrai, les éléments
dans les édifices de la période romane et de l'époque de
transition, mais étudiés avec moins d'art, moins de science,
et groupés avec moins d'unité. L'œuvre de Fourvière fera
voir que si le moyen-âge a laissé des monuments d'une
grande importance, il n'a su y apporter qu'une esthétique
incomplète.
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