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CORRESPONDANCE. 101
double face. — Expression injurieuse qui eût attaqué non la po-
sition, mais le caractère.
J'ai dit que M. Imbert-Colomès avait mécontenté le peuple de
Lyon par sa persistance à maintenir le corps de volontaires qu'il
avait institué dans un jour de péril. le peuple de Lyon voulait
avoir sa garde nationale comme Paris. Les volontaires étaient
une force irrégulière, n'appartenant ni à l'ancienne organisation
existante encor, celle des penonages, ni à la nouvelle qu'on
attendait avec impatience. Après les journées des 5. et 6 octobre,
M. Imbert-Colomès parut, avec juste raison, s'être rallié au mou-
vement contre-révolutionnaire qui essayait de se reconstituer
dans les pays d'état, et dans les villes à parlements ou à munici-
palités. Il voulait faire à Lyon la même tentative que M. Mounier
dans le Dauphiné. Ce n'est pas là un singulier soupçon de ma
part, c'est un fait constant. Deux mois après la loi organique des
institutions communales, le vieux Consulat était toujours en vi-
gueur. Il avait fallu cependant laisser la garde nationale se for-
m e r ; mais en face d'elle et sans vouloir se confondre dans ses
rangs, la milice des volontaires subsistait encore ; ce fut à la
suite d'un conflit entre elle et la force régulière et légale des
citoyens, qu'éclata l'émeute populaire du 7 février 1790. Un
historien devait raconter les faits et leurs causes ; ce n'est pas
avoir justifié les violences qui obligèrent le premier échevin
lyonnais à chercher un asile hors de Ta ville.
Il serait, certes, permis à M. Péricaud de mettre sous le pa-
tronage de sa vieille amitié, M. de Foissac, et MM. Guillin de
Pougelon et Guillin Dumontet, si j'avais le moins du monde attaqué
ces messieurs. Je n'ai parlé du premier que pour signaler en lui
un de ces nobles qui avaient accepté la Révolution. Il fit partie
de l'état major de la milice civique de Lyon , et il commanda le
détachement qui fut envoyé à la fédération de Paris. Je me suis
étonné de le voir, moins de six mois après, suspecté et visité par
la municipalité de la commune de Charly, où il s'était retiré.
Quant à la conspiration qui porte le nom de M. Guillin de
Pougelon, elle est certifiée et racontée avec beaucoup de détails
par l'historien royaliste Guillon. Je n'en ai parlé au contraire que
pour en atténuer l'importance, en la signalant comme une échauf-
fourée qui ne pouvait avoir aucune portée sérieuse.
Personne n'a parlé avec plus de regret et d'indignation que
moi, de l'atroce scène du château de Poleymieux. En la racon-
tant comme historien, j'en devais constater les causes et les cir-
constances. La déclaration du 20 juin et la fuite de Louis XVI,
étaient un brandon de guerre civile sur toute la France. A Lyon,
l'union prompte, énergique et unanime des pouvoirs et l'adhésion
soJennelle et éclatante donnée à l'Assemblée nationale qui venait
de se déclarer pouvoir souverain, prévinrent le désordre. Mais
l'agitation ne fut pas si facile à arrêter dans les campagnes. Le
seigneur de Poleymieux eut le tort (et certes je ne présente pas
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