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i-G DON JUAN.
LE COMM. Ce sont-là nos mets. (A D. Juan) N'en man-
geras-tu pas ?
D. JUAN. Je mangerai, si tu veux, tous les reptiles et tous
les aspics de l'enfer.
LE COMM. Il faut aussi que l'on chante.
CATAL. Quel vin est cela?
LE COMM. Goûte-le.
CATAL. C'est du fiel...
On entend chanter : « Que tous ceux qui osent juger la
.justice de Dieu apprennent qu'il n'est pas de délai qui n'a-
boutisse à son terme ; pas de dette qui ne se paie. Jamais
un vivant ne doit dire : j'ai du temps devant moi, quand
l'échéance est si courte. »
D. JUAN. J'ai soupe, fais enlever la table.
LE COMM. Donne-moi cette main, ne crains rien, donne.
D. JUAN. Que dis-tu? moi, craindre! — Ah! je brûle,
lâche-moi, cesse de m'embraser du feu qui te dévore.
LE COMM. Ce n'est rien auprès de l'enfer qui t'attend. Don
Juan, les voies de Dieu sont impénétrables, il veut que ce
soit entre les mains d'un mort que tu rendes compte de
tes crimes.
D. JUAN. Encore une fois, je brûle. Si tu me serres ainsi,
malheur à toi, je te tue d'un coup de dague. Mais c'est en
vain; je ne frapperais que l'air. Je n'ai point outragé ta
fille, elle a découvert ma ruse avant que j'aie pu en profiter.
LE COMM. Qu'importe. Ne voulais-tu pas consommer le
crime?
D. JUAN. Laisse-moi appeler un prêtre qui puisse me con-
fesser, me donner l'absolution.
LE COMM, Il n'est plus temps. Tu y penses trop tard.
D. JUAN. C'en est fait de moi, le feu me consume.
LE COMM. Ainsi s'accomplit la justice divine : il n'y a pas
de dette qui ne se paie.
Certes, voila un spectacle bien étrange; mais représen-
lons-nous le public auquel il s'adresse, cette foule profon-