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456 PIERRE DE NOI.HAC
deuxième où l'auteur nous promène aux fêtes de la Cour
et où, sous un ciel pourtant bien chargé, les jours se
passent en une perpétuelle féerie, est particulièrement
intéressant, surtout la concise narration de l'ouverture des
Etats Généraux, prologue héroïque d'une tragédie san-
glante. Le chapitre troisième nous donne de jolis détails
sur l'intérieur de la Reine. M. deNolhac nous fait sympa-
thiser avec la mère, la femme délicate à l'âme blanche.
Mais il ne tombe pas dans le défaut de l'apologiste,
admirateur aveugle du héros dont il s'occupe. Notre auteur
est avant tout un savant épris de vérité, et qui ne craint
pas d'esquisser — d'un crayon bien discret — la frivolité,
l'ignorance, la légèreté, la prodigalité de cette Reine qui
ne servit pas toujours, hélas ! la politique française, accepta
les avis intéressés d'un Mercy-Argenteau, fit ses confidents
d'un comte d'Artois, d'une duchesse de Polignac, d'un
cardinal de Rohan !
Dans le dernier chapitre du livre, M. de Nolhac nous
introduit dans ce délicieux Trianon dont il nous vante
l'élégance. En même temps il nous parle avec amour du
charme pittoresque de ce hameau où les révolutionnaires
à l'esprit étroit et borné, placent d'ores et déjà « le repaire
des débauches de l'Autrichienne. » Il faut lire le poétique
récit de l'existence calme et simple de Marie-Antoinette,
entourée d'un décor champêtre bien propre à servir de fond
aux tableaux de Greuze. La Reine y venait un moment
goûter l'illusion d'une vie prônée par Jean-Jacques Rous-
seau, à l'heure même où de funèbres pressentiments assom-
brissaient son front « des soucis de l'avenir » menaçant.
L'on ne peut en suivant la description minutieuse que
M. de Nolhac nous donne du Petit Trianon et de la fin
d'un règne vermoulu, se défendre d'une immense mélan-