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LES SIRES DE BEAUJEU 2I3
Châlons fonda le monastère de la Déserte de Lyon en 1304,
c'est-à -dire quarante ans après la mort de son mari. Enfin,
la fondation du chapitre d'Aigueperse peut être considérée
comme la huitième faite par nos sires, bien que Louis de
Beaujeu n'en soit pas le principal fondateur; mais il y prit
une large part en la confirmant et en donnant à ce chapitre
des biens et des privilèges considérables.
Toutes ces fondations, faites à diverses époques et par des
seigneurs différents, font voir avec quelle fidélité se trans-
mettaient dans cette famille les traditions de religion et de
générosité reçues des ancêtres, et comment elle sut toujours
pourvoir au bien de ses sujets par l'établissement d'institu-
tions qui servaient soit à l'étude et à l'enseignement des
lettres et des sciences, telles qu'on les concevait alors, soit
à la moralisation du peuple par la prédication, soit au sou-
lagement de ses misères et de ses maladies.
La libéralité de nos princes vis à vis de l'Église profitait
donc indirectement à tous leurs peuples,'et en l'exerçant, ils
firent comme beaucoup d'autres seigneurs contemporains.
Mais ils allèrent plus loin ; ils se montrèrent généreux direc-
tement à l'égard de leurs sujets, en leur accordant sponta-
nément des droits plus étendus, et en cela ils différaient de
beaucoup d'autres grands barons à qui leurs vassaux étaient
obligés d'arracher ces mêmes droits par la révolte et la
violence. C'est qu'en effet les franchises et privilèges ne
furent pas partout concédés de la même façon. « Ici ils
étaient arrachés au seigneur, là ils furent consentis par le
seigneur débordé, ailleurs ils furent provoqués par ce même
suzerain éclairé par l'expérience ou dominé par l'intérêt. »
Les sires de Beaujeu furent du petit nombre de ces derniers
seigneurs éclairés par l'expérience, qui, comprenant les
besoins nouveaux des populations, étaient disposés pour les